mardi 13 novembre 2018

Bicyclette de papa


(texte de ma grande soeur Changqing SHU)

爸爸的单车

La bicyclette de papa




        老早就知道江南的烟雨孕育出了太湖明珠的璀璨,老早就向往太湖的碧波荡漾,老早就喜欢有一个叫无锡的地方。在这个冬还没来到身边的时节,我经上海来到了无锡,想在喧嚣的凡世中,找到一份自己的雅趣和心灵的安静、一点自然与纯净。
J’entendais toujours dire que la brume et la pluie fine du sud du pays a généré la pureté du lac Taihu. Depuis longtemps, je rêvais de voir les flots bleus du lac et j’avais envie d’aller à un endroit qui s’appelle Wuxi. A cette saison où l’hiver ne s’est pas encore installé, je suis arrivée à Wuxi via Shanghai, recherchant un petit plaisir et un calme d’âme, un peu de nature et de pureté.

        不知道是自己的心累了还是体力不支 了,到无锡的时候 已过中午,随便吃了点一点都不想出去,就回房间懒洋洋靠在床上看起来电视。电视上一个镜头让我突然回想起了一些陈年往事:
Par une fatigue je ne sais pas morale ou physique, arrivée à Wuxi à midi passé, je n’avais pas tout de suit envie de sortir visiter la ville après avoir mangé quelque chose de simple. Je suis restée alors dans la chambre d’hôtel, regardant la télé. Une scène passée à la télé a fait surgir, soudainement, quelques souvenirs...


那是在我读初中二年级的冬天。不知道是那时冬天更冷的缘故还是现在的衣服更御冷的因素,在我的记忆里那时的冬天老是寒风凛冽的。那时我在爸爸就教的横街中学读书,妈妈和妹妹在十几里外的小学工作,奶奶又在二十里外的县城生活。全家人的交通工具基本都是统一的双脚。一个傍晚爸爸突然骑着一辆崭新的自行车出现在我的视线里,啊,爸爸买自行车了,那可有点太奢侈了。原来是小姑姑帮助才买起来的,我还记得那是一部叫长征牌的自行车。这部自行车可是当时我家里唯一的一件奢侈品。兄妹几个心里高兴得不得了。

Cet hiver-là, j’étais en deuxième année au collège (« le 5ème » en France). Je ne sais pas s’il faisait vraiment plus froid en hiver ou que les manteaux d’aujourd’hui résistent mieux au froid, dans mes souvenirs l’hiver était toujours glacial. Je faisais mes études au collège où travaillait mon père, ma mère et mes sœurs étaient à l’école primaire à sept ou huit kilomètres, ma grand-mère vivait en ville à une grande dizaine de kilomètres. Le moyen de transport de la famille, c’étaient nos pieds. Une fin de journée, papa parut devant mes yeux sur une bicyclette toute neuve. Ah, papa a acheté une bicyclette, quel luxe ! J’ai su plus tard que mon père a pu le faire grâce à l’aide de ma tante. Je me rappelle que c’était de la marque « Changzheng (longue marche) ». La bicyclette devint notre seul objet de luxe et on en était tous très contents.


当时我也不会骑,爸爸带我也很少。两个妹妹在妈妈教书的小学读书。爸爸每天就骑着这部车穿梭于中学小学十几里的乡村小路。有时把在中学养的鸡下的蛋用布袋装起来挂在脖子下傍晚骑车送到妈妈小学里给妹妹们吃。早上来中学的时候又把妈妈给我和哥哥吃的穿的骑车带上来。有时过年回奶奶家 ,爸爸车子上驮满了年货还有两个妹妹,爸爸推着自行车我和妈妈哥哥在旁边走,一家人也常常就这样来往于县城和我们平时生活的乡下。其乐融融啊!、、、、、

A l’époque je ne savais pas faire du vélo et papa ne m’emmenait pas souvent. Mes deux petites sœurs vivaient à l’école primaire où enseignait ma mère. Chaque jour, en fin de journée, papa mettait des œufs des poules qu’il élevait au collège dans une poche en tissu, allait à l’école primaire de ma mère avec la poche autour du cou et apportait les œufs pour mes sœurs. Le lendemain matin il revenait au collège et apportait, à mon grand frère et moi, de la nourriture et des vêtements que ma mère avait préparés. Des fois on allait chez grand-mère pour passer le nouvel an. Dans ce cas-là, la bicyclette devait porter beaucoup de provisions pour la période de fête, y ajoutant mes deux petites sœurs. Papa poussait le vélo, ma mère, mon grand-frère et moi nous marchions à côté. Notre « tribu » faisait de tels trajets entre la ville et la campagne où nous vivions. C’était un bonheur ! ….


再后来我和哥哥都来到了县城读高中了,爸爸的车常让哥哥骑,哥哥不是很喜欢读书,老喜欢到录像厅看录像。自行车又成了爸爸到录像厅找哥哥的道具。一般在那个录像厅门口只要看到爸爸自己的自行车,哥哥往往就一抓一个准,呵呵。我高考那年哥哥每天用这部自行车送我去考场,那时的夏天晚上也很热,一般人的家里都没有电风扇,妈妈晚上就一直给我扇扇子,但我也没怎么争气那年我还是落榜了。再后来我工作了,我结婚了,我有了儿子了。儿子特别喜欢爸爸妈妈。爸爸的那部自行车又成了运送儿子和儿子喜欢的食品的工具了。再后来爸爸也退休了,随之退休的还有那部在我家立下了汗马功劳的长征牌自行车。在我的记忆里爸爸好像也只有买过那一部自行车,和我一样爸爸也没学会骑摩托车和什么电瓶车。爸爸妈妈现在基本上都老坐公交车或走路。他们很少让我开车去接送他们。在他们的心里似乎我们这些做儿女的都特别的忙,他们好像都特别的不好意思打扰我们似的。唉!

Plus tard, mon frère et moi nous sommés entrés aux lycées en ville et papa prêtait souvent son vélo à mon frère. Mon frère n’aimait pas les études, il allait souvent regarder des films dans des petites salles (privées). Le vélo était un moyen par lequel mon père parvenait à le trouver : papa faisait le tour des salles et quand il voyait le vélo à l’extérieur, il entrait et y attrapait sûrement mon frère.

L’été où je passai le concours Gaokao (le concours pour entrer à l’université) mon frère m’emmenait aux examens tous les jours avec ce vélo. Le soir d’été était toujours extrêmement chaud et très peu de foyers possédaient un ventilateur. Maman me rafraîchissait avec un éventail dans la nuit, mais j’ai quand même échoué le concours.

Encore plus tard, j’ai commencé à travailler, je me suis mariée et j’ai eu un fils. Mon fils adorait mes parents et le vélo de papa est devenu l’outil qui transportait mon fils ainsi que des objets, comme la nourriture, pour lui. Et après, papa a pris sa retraite, ainsi que la bicyclette « Longue marche » qui avait tant contribué.

Dans mes souvenirs c’était la seule bicyclette que papa a achetée ; comme moi, il n’a pas appris à monter sur une moto ou un scooter. Mes parents se déplacent maintenant en bus ou à pieds. Ils me demandent rarement de les déposer en voiture. Dans leur tête, les enfants sont toujours très occupés et ils se gênent s’ils nous « dérangent ». Hélas !

   





jeudi 1 février 2018

Prendre le train


Je n’avais jamais pris le train avant de quitter ma ville (de province Jiangxi) pour l'université (à Wuhan, de province Hubei) à 17 ans.

Quand j’étais toute petite, la nuit, j’entendais toujours les coups de sirène des trains qui étaient les seuls bruits à l'époque. Pendant la journée, puisqu'il y avait beaucoup moins de bâtiments, sur le seuil de la maison, on pouvait voir loin, jusqu’à la fumée des trains bien plus épaisse que maintenant. Le train était alors un objet abstrait et curieux pour moi, composé par le bruit nocturne et la fumée diurne.

La première fois que je voyais le train, c’était pour accompagner un oncle qui habitait à Guangzhou – le seul membre de la famille qui habitait une grande ville. Il était quelqu’un d’important pour la famille, respecté par tous les membres, y compris ma grand-mère, parce qu’il était le frère aîné et peut-être aussi qu’il était d'une grande ville. Je me rappelle que ce jour-là, la famille – ça veut dire la nôtre, celles de mon autre oncle et de mes tantes – sans aucune exception, l’a accompagné à la gare. Il est monté dans le wagon et nous regardait par la fenêtre. Tout d’un coup le train a poussé un coup de sirène strident, signifiant qu’il allait partir. Toute la famille lui faisait signe d’adieu sauf moi qui fixait mon oncle du regard, plongée dans une tristesse sans raison. Il m’a regardée et puis le train est parti.

Le train était toujours abstrait dans ma tête : gigantesque, lourd qui partait aux endroits inconnus et lointains, très lointains.

Enfin, j’ai eu l’occasion de prendre le train et donc de sortir de ma petite ville natale. A 17 ans, après le lycée, j’ai été recrutée par une université dans une autre province, à seize heures de train (maintenant neuf heures) de mon pays natal.

Le premier départ était plutôt tranquille. Avec mes deux gros bagages, je suivais une fille plus âgée que moi, qui paraissait avoir des expériences pour prendre le train. Toute ma famille, y compris les oncles et les tantes, m’ont accompagnée à la gare. Et puis, le train est parti.

On a pu, étonnamment, trouver chacune une place grâce à cette fille. Elle demandait aux passagers du wagon un par un pour savoir à quelle station ils descendraient, et puis nous attendions à côté de celui qui descendrait une ou deux heures plus tard. C’était un des premiers trains climatisés. Moi, une débutante, ne portais qu’un short et un tee-shirt et tremblais de froid.

Peu à peu, la nuit tombait. Je m’accoudais sur la tablette, regardant l’extérieur – un lac, des collines, des champs ... - sous la lumière crépusculaire. Je me suis rendu brusquement compte que j’étais en train de m’éloigner de la maison, des parents, des frères et sœurs, de ma petite ville natale. J’avais le cœur lourd et les yeux humides que j’ai essuyés discrètement. Je savais que désormais, je serais ailleurs, où je devrais me débrouiller seule pour tout ce qui m’arriverait.

Dès lors, je prenais le train régulièrement quatre fois par année, deux allers-retours entre l’université et la famille : l’un pour les vacances d’été, l’autre pour le Nouvel An. Au fur et à mesure des départs et des retours, j’ai appris à les accepter, puisque la vie est composée par la joie de retrouvailles et la tristesse de séparations qui se succèdent.

Avant le premier retour, j’étais tellement excitée que, à un mois du jour, j’ai commencé à marquer sur le mur le nombre de jours restant. La veille, j’ai passé une nuit blanche. Et hop ! J’étais enfin dans le train, avec un garçon de la même région.

Le train est devenu torturant car les étudiants de tout le pays partaient et retournaient en même temps. S’y ajoutaient, surtout pour le Nouvel An, nombre de paysans qui gagnaient leur vie en ville mais retournaient à la maison pour la fête. Les contrôleurs s’inquiétaient même qu’on abîme les fenêtres et les portières.

La montée dans le train était le moment le plus effrayant pendant mes quatre années universitaires. Une fois, à la fin des vacances d’hiver (les vacances du nouvel an chinois), c'était le moment de repartir. La famille avait eu des soucis pendant plusieurs jours, réfléchissant à sélectionner les bras forts pour s’assurer que je puisse monter dans le train. Enfin, on a décidé la liste de missionnaires : mon frère (le pauvre ! il s’en charge depuis l’entrée à l’université de ma soeur et de moi), le fiancé d’une cousine, un ou deux oncles, et mes parents qui m’aideraient à porter les bagages lourds à cause des nourritures de la région. Ainsi, malgré ma grande peur, nous sommes arrivés à la petite gare. Je partais avec une autre fille qui, ayant la famille à la campagne, était à la charge de mon escorte.

On attendait l’arrivée du train. Je faisais semblant d’être calme et essayais de bavarder avec les autres car, même si on pleurait ou hurlait, on devrait prendre le train.

Le train est réellement arrivé! La foule se bousculait vers les portes et aussi les fenêtres. Voyant trop de gens aux portières, nous décidions d’entrer par la fenêtre. Le fiancé de ma cousine qui était heureusement un garçon grand m’a soulevée afin que je puisse grimper. Quand j’ai saisi le bord de la fenêtre, il m’a lâchée, croyant la mission accomplie. Alors que je n’étais pas tellement sportive pour entrer par la fenêtre avec les jambes en l’air. J’ai crié au secours, le jeune homme m’a poussé d’un grand coup et j’ai pu entrer et atterrir à l’intérieur du train, entre les genoux des passagers assis sur les places précieuses.

Quant aux bagages, on me les a passés par la porte, sur les têtes furieuses. Je les ai tirés pour les récupérer. On a beaucoup apprécié mon habileté et ma force, tandis qu’on a mis plus de temps et d’énergie pour monter l’autre fille qui partait avec moi. Mon frère a dit qu’il était entièrement en sueur après avoir poussé cette fille-là qui était la plus maladroite qu’il avait connue.

Une autre fois, dans le train, je n’arrivais qu’à mettre un des pieds sur le sol. J’avais l’autre pied en l’air, restant oblique, jusqu’à ce que je m’installe un peu mieux. Il est embarrassant d’avouer que, j’ai pu améliorer ma situation parce que je me sentais tellement mal que j’ai vomi. Malgré la densité, les gens se sont écartés. Une femme ayant de la pitié m’a dit d’en profiter pour pénétrer dans le wagon (j’étais entre deux wagons au début), et j’ai pu, magiquement, avancer jusqu’à l’intérieur du wagon.

On était debout pendant tout le trajet. Mais puisque personne ne pouvait rester debout pendant des heures, chacun se débrouillait. On s’asseyait sur la valise, le sac, ou par terre si l’espace le permettait. On somnolait, bavardait de temps à autre, draguait, mangeait, s’ennuyait, souffrait, ... jusqu’à l’arrivée.

Ce qui était ennuyeux, c’est que j’arrivais et partais toujours la nuit à cause des horaires de mon train. Pour le départ, toute la famille se levait à 4 heures du matin. Ma mère me préparait des nouilles pour le petit-déjeuner. Et puis, mon père sortait appeler le tricycle qu’il avait prévenu la veille. En cas de retour, l’ambiance était plus paisible. Etant donné que tout le monde, faible ou fort, pouvait descendre du train sans trop de difficultés, on n’avait donc pas besoin de grande escorte. Néanmoins, mon frère – le seul candidat constant pour me chercher à la gare chaque fois - se plaignait parfois de ce diable d’horaire. Surtout en plein hiver, on peut imaginer l’ennui d’être obligé de sortir de la couette et de partir dans le noir glacé.

Lorsque j’arrivais à la maison, mes parents étaient toujours réveillés, en train de me préparer à manger. Ma mère m'apportait un thé bien chaud et observait ma mine et ma forme. J’avais hâte de me laver pour faire disparaître l’odeur particulière du train. Après la douche, le repas était prêt. Je me forçais à manger car le train me donnait toujours mal à l’estomac.

Et puis, j’étais au lit, écoutant le silence et arrivant rarement à m’endormir tout de suite. Le lendemain matin, ma nièce ne tardait pas à venir frapper à la porte en appelant « petite tante », doucement comme une petite souris. Je lui ouvrais, elle montait dans mon lit et on bavardait.


Depuis que j’ai commencé à travailler, le train m’horrifie moins, puisque je suis toujours en wagon-lit. Quelque fois, j’entends parler combien c’est blindé dans les wagons-assis, je me sens, égoïstement, heureuse de mon confort et de ma sécurité.

vendredi 6 novembre 2015

Cuisine et esprit

La cuisine chinoise, tout comme les mots chinois, est un jeu de puzzle, à composer donc, d'où vient la souplesse et la puissance de créativité (c'est pour ça qu'un restaurant - authentique, je veux dire - chinois propose facilement des dizaines et dizaines de plats différents et chaque restaurant a SES propres plats).

Pour préparer mon plat à midi, j'ai sorti les quelques choses qui traînaient au frigo, je les ai coupés - à chaque chose sa façon de couper - et je les ai mélangés pour faire mon plat. Pas de rigueur du tout? Si, quand même. Les fils de porc n'ont pas besoin d'être cuits pendant longtemps, pour qu'ils ne deviennent pas durs. Je les ai précuits en premier et les ai sortis du wok. Ensuite j'ai cuit le reste plus longtemps, pour que les tranches de tofu parfumé, les pleurotes et le piment vert fort aient le temps de se donner du goût et de prendre du goût. A la fin je mélange le tout.

Pour cette recherche de "souplesse", le terme "recette" est peu présent dans la cuisine quotidienne des Chinois. Les recettes rendent les choses figées et ça ne va pas très bien avec l'esprit de la cuisine chinoise -ou l'esprit chinois, tout court -. Tous ceux que je connais qui cuisinent très bien, mes parents, mes frères et soeurs, mes oncles et tantes, n'ont jamais de livres de recettes à la maison et n'en lisent pas. C'est selon l'inspiration, l'envie, et bien-sûr aussi l'expérience et la disposition.

Je pense que cette souplesse est omniprésente chez les Chinois, dans l'esprit, dans le savoir-être et le savoir-faire. ça peut donner un aspect "flou / chaotique" aux choses: elles ne sont pas faciles à définir; on nage dedans et on se débrouille pour bien voir. Quand on maîtrise, c'est pratique et efficace. Mais ne serait-ce aussi par "souplesse" qu'on contourne des règlements?

Je pense que chez les Japonais c'est le contraire: culte de définir clairement, d'emballer chaque chose dans une "discipline" ou "sous-discipline". Dans leur cérémonie du thé, chaque petit mouvement est inclut dans la "discipline". Et leurs arts martiaux aussi, ce qui facilite leur popularisation dans le monde.... Car quand c'est clairement défini et ça porte une étiquette, on voit plus vite ce que c'est.

Pas la même philosophie. Il faut aimer et chacun son goût wink emoticon


PS. Je ne suis pas chef-cuisinière mais je montre quand même mon plat pour accompagner le texte grin emoticon.

jeudi 4 juin 2015

Langue(s) chinoise(s): DIVERSITE


Le chinois, quel chinois? Ceux qui disent « le chinois » ne savent pas nécessairement que cette appellation n'est claire et précise que si nous en obtenons une bonne définition, en prenant conscience des éléments qui la rendent confuse.


La signification et l’historique de la « langue commune chinoise», dite le « mandarin »

Lorsque nous disons « le chinois », en général, nous faisons référence au chinois moderne et standard, excluant donc le chinois classique et les langues ethniques ou régionales. Ce chinois « moderne et standard » est dit « putonghua 普通话 » (mot-à-mot « ordinaire; populaire - circuler - parole ») en Chine continentale ; « guoyu 国语» (mot-à-mot « nation - langue ») à Taiwan ; « huayu 华语 » (mot-à-mot « Chine - langue ») à Singapour (ainsi qu'à Taiwan pour désigner le chinois comme langue étrangère).

Le terme en vigueur sur le territoire chinois est « putonghua » (langue commune), souvent appelé « mandarin » dans le monde occidental. Ce terme « mandarin » correspond à « guanhua 官话 » (le parler des mandarins) en chinois. Nous allons voir la définition de ces deux notions - putonghua (langue commune) et guanhua (le parler des mandarins) -, afin de connaître la différence et le rapport entre elles.

Quand, en 1956, le gouvernement de la République Populaire de Chine promulgua un document officiel visant à populariser le putonghua - « guanyu tuiguang putonghua de zhishi 关于推广普通话的指示 » (« Instructions sur la diffusion de putonghua ») -. Ce dernier était définit comme une langue avec la prononciation de Pékin comme standard phonétique, le parler du Nord comme base dialectale, et les oeuvres modèles en langue vernaculaire (xiandai baihua 现代白话) comme norme grammaticale.

Le putonghua, reposant sur la grammaire et la prononciation du chinois moderne du Nord, est la langue officielle, éducative et médiatique en Chine, et aussi la langue commune de communication des Chinois en Asie du Sud-est ainsi qu‟outre-mer. Il existe des nuances phonétiques (différences d‟accents) et lexicales entre le putonghua, le guoyu de Taiwan, et le huayu de Singapour, mais ils sont en accord au niveau de la norme grammaticale et syntaxique.

La langue commune est une boule dynamique qui évolue avec le temps, qui englobe des éléments venant de la littérature et des langues régionales, qui se renouvelle avec l'évolution sociale, accentué par le fait que la constitution lexicale du chinois facilite son renouvellement.

En ce qui concerne le guanhua (le parler des mandarins), appelé aussi le parler du Nord, étant donné que le centre politique de l'Empire du Milieu s'est installé dans le Nord depuis des siècles, c'est un des confluents de la langue chinoise. Le putonghua prend son origine dans le guanhua. Autrement dit, le chinois moderne et standard s'est construit sur la base de l‟accent du parler pékinois.

Pour résumer le rapport entre le putonghua et le guanhua, nous dirons que le putonghua prend sa source et trouve sa base dans le guanhua ; le putonghua est une version plus unifiée et moderne par rapport au guanhua. Celui-là a été mis en pratique et popularisé dans les années 50 au cours du 20e siècle par le gouvernement de la République Populaire de la Chine. Il s'agit donc d‟une langue officialisée, tandis que le guanhua était à l'origine une catégorie langagière non imposée incluant des parlers d'une partie du territoire de la Chine.

Quant au terme « mandarin », il provient du portugais "mandarim" (du malais mentari ou mantari, lui-même emprunté au sanskrit mantrin-, signifiant « ministre ») ; c'est la traduction du mot chinois "guanhua", qui signifie littéralement « langue des hauts fonctionnaires (magistrats de l'Empire) ».

« Le chinois », « le chinois moderne et standard », « la langue commune », « le mandarin », « zhongwen », « hanyu », « putonghua », « guanhua », « guoyu », voici les termes dans les deux langues - le français et le chinois - que nous utilisons pour désigner la langue chinoise que les enseignants de chinois transmettent.

Diversité des parlers locaux en Chine

Nous allons maintenant porter un regard sur l'ensemble des langues véhiculées sur le territoire chinois, dans l'objectif d'éclairer l'environnement langagier des Chinois, auquel les locuteurs étrangers doivent se confronter en Chine.

Nous distinguons sept catégories principales langagières au sein du « groupe sinitique » : le Beifang guanhua北方官话 (le « mandarin du nord »), le Wu 吴, le Yue 粤 (le cantonnais), le Min 闽 (en parlant du Taïwanais nous faisons référence au Min), le Gan 赣, le Xiang 湘, le Kejia 客家 (le hakka) [Voir l'explication ci-dessous]. Sous ces sept grandes familles, il existe des « parlers locaux », et à un niveau plus inférieur, des accents différents.

En s'engageant dans l'apprentissage du chinois, on envisage de connaître et de communiquer avec une population de plus de 1,4 milliards de personnes, porteurs de différentes catégories langagières qui font, toutes, partie du monde sinophone. D'ailleurs, cette diversité langagière cause inévitablement une diversité de prononciation et de vocabulaire lorsque les Chinois de différentes régions parlent « la langue commune ». Ils se contentent souvent d'une « intercompréhension », mais pas de parler exactement « la même langue », notamment pour ceux qui n'ont pas un niveau perfectionné de putonghua, ce qui est le cas d'une partie importante de la population.

L'objectif d'aborder la problématique de la diversité linguistique est de décrire la réalité de la situation langagière du pays-cible des sinisants francophones, afin qu'ils soient préparés pour leur atterrissage sur la terre chinoise et pour leur contact direct avec les natifs.



PS. L'accent standard du Beifang guanhua est le dialecte de Beijing 北京 ; celui du Wu (ou le Jiangzhehua 江浙话) est le dialecte de Suzhou 苏州 (province Jiangsu 江苏) ; celui du Yue (ou le Guangdonghua 广东话, en français “le cantonnais”) est le dialecte de Guangzhou 广州 (province Guangdong 广东) ; celui du Min (ou le Fujianhua 福建话) est le dialecte de Xiamen 厦门 (province Fujian 福建) ; celui du Gan (ou le Jiangxihua 江西话) est le dialecte de Nanchang 南昌(province Jiangxi 江西) ; celui du Xiang (ou le Hunanhua湖南话) est le dialecte de Changsha 长沙 (province Hunan 湖南) ; celui du Kejia est le dialecte de Meixian 梅县 (province Guangdong 广东). Parmi les sept principaux dialectes, le Beifang guanhua et le cantonnais ont plus d‟influence hors de la région concernée que d‟autres dialectes.


lundi 1 juin 2015

Poème "rivière sous la neige 江雪": solitude absolue, mais peut-être plaisante



江雪 jiāng xuě (rivière - neige)
柳宗元 (de: Liǔ Zōng-Yuán) 

千山鸟飞绝 qiān shān niǎo fēi jué
万径人踪灭 wàn jìng rén zōng miè
孤舟蓑笠翁 gū zhōu suō lì wēng
独钓寒江雪 dú diào hán jiāng xuě

mille - montagne - oiseau - vol - épuiser
dix mille - sentier - homme - trace - disparaître
seul - bateau - manteau de paille - chapeau de paille - vieil homme
seul - pêcher - froid - rivière - neige

Aux milles montagnes, pas un vol d'oiseau,
Aux dix milliers sentiers, pas une trace d'homme.
Sauf un vieil homme qui, sous l'imperméable de paille et le chapeau de bambou,
pêche à la rivière glacée,  sur la barque solitaire sous la neige

Avec toutes ces prépositions et ces précisions, ça devient lourd (quand toutes les règles de grammaire nous assujettissent).... alors que le poème est extrêmement concis. La concision / la simplicité est l'âme de la poésie classique chinoise. La poésie dans la peinture, la peinture dans la poésie, les deux dans l'esprit taoïste: la nature grande, simple, sublime; l'homme vit dedans comme un poisson dans l'eau, tout petit et tout heureux.

Voyons donc la traduction de François Cheng:

Etape 1: vers coupés

Mille montagnes / vol d'oiseau s'arrêter
Dix milles sentiers / traces d'homme s'effacer
Barque solitaire / manteau de paille vieillard
Seul pêcher / froid fleuve neige

Etape 2: vers continus, en grande simplicité

Sur mille montagnes, aucun vol d'oiseau
Sur dix mille sentiers, nulle trace d'homme
Barque solitaire: sous son manteau de paille
Un vieillard pêche, du fleuve figé, la neige


Pour moi, ce poème décrit une solitude absolue, impossible à échapper et à fuir: un vieillard tout seul, entouré de l'eau et des montagnes, englobé du froid et de la neige. Aucun bruit, aucune trace de vie. Où habite-t-il? Est-ce qu'il pêche vraiment? N'a-t-il pas trop froid? On s'en moque! Comme beaucoup de poèmes classiques, c'est une ambiance, un état d'esprit; on est dans la nature, on la savoure et on s'oublie.


A la fin, une petite analyse de mots. En lisant verticalement les deux premiers et les deux derniers vers, on obtient des éléments en binômes (dont le rapport peut être: opposé, en parallèle ou en compagnie). 

千 (mille) - 万 (dix mille)
山 (montagne) - 径 (sentier) [Lieux. Les sentiers sont peut-être dans les montagnes]
鸟 (oiseau) - 人 (homme) [Vies. Nature et homme]
绝 (épuiser, exterminer) - 灭 (exterminer)
孤 (seul, solitaire) - 独 (seul, solitaire)
舟 (bateau) - 钓 (pêche) [pêcher sur le bateau]

Une des caractéristiques de la poésie chinoise au niveau du style: l'aspect "correspondant (parallèle)" entre deux vers, que les 对联 (sentences verticales en parallèle) représentent le mieux (ci-dessous une démonstration). 对对子 (faire des vers en parallèles, ce fut un exercice élémentaire avant de se lancer dans la poésie. 

Et n'oubliez pas de LIRE, voire plusieurs fois, un poème: les sonorités en font pleine partie.



vendredi 29 mai 2015

Une Chinoise en France: 1.4 Tu ou vous

SHU Changying 舒长瑛 

"Une Chinoise en France" - Vision comparative des cultures sino-française (et sino-occidentale)

A publier en épisodes; traduits au fur et à mesure de ce que j'ai écrit en chinois

Et, si ça peut vous aider à voir plus claire ma position, je m'imagine m'adresser à mes compatriotes.... ;-)

Il est défendu d'utiliser le contenu sans mon accord ou sans préciser la source.
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1.4 你还是您  Tu ou vous

Dans l’anglais cette question compliquée n’existe pas car il n’y a qu’un seul « you ». En chinois, on entend la différence entre « ni » (tu) et « nin » (vous) mais cette différence n’est pas très grande. En français ça ne passe pas inaperçu. D’abord, les deux mots ne se ressemblent pas du tout. Encore plus compliqué, en français il y a la conjugaison : tous les verbes doivent s’accorder selon si on dit « tu » ou « vous ». Cela exige un niveau de langue assez élevé.

Je n’écris pas un manuel de français et donc ne traite pas de la conjugaison ; je voudrais juste signaler que c’est quelque chose d’important en français et que l’on ne peut pas l’ignorer. Si tu utilises « tu » à une personne qui n’est pas proche, c’est malpoli ou elle peut penser que tu l’obliges à te prendre pour quelqu’un d’intime. Au contraire, avec une personne proche qui aimerait bien être plus intime avec toi, si tu utilise « vous », peut-être inconscient de ta part, elle va penser que tu ne la vois pas comme un ami / une amie et que tu marques une distance. J’ai vu que certains Chinois, à cause de l’insuffisance de la maîtrise socio-linguistique, font le mauvais chois entre les deux ou bien les mélangent, ce qui cause une perplexité à la personne en face.

中国的“您”VS 法国的“您” Le vouvoiement en Chine VS Le vouvoiement en France

Je trouve que les Français sont assez « compliqués », qu’il faut faire attention à beaucoup de choses dans les manières de parler et de se comporter, dont le choix de « tu / vous » qui est délicat. Pour faire simple, la différence principale dans l’usage de « vous » en Chine et en France est : en Chine, le vouvoiement est uniquement utilisé pour exprimer le respect. C’est pourquoi nous l’utilisons toujours aux personnes âgées, par exemple nos grands-parents. En France, il peut aussi servir à exprimer le respect, mais à mon avis il est plus souvent utilisé pour marquer la distance. Tutoyer ou vouvoyer, cela mesure la relation . Par conséquent, en France le vouvoiement est parfois désagréable car ça prouve que la relation entre les personnes n’est pas très proche. Imaginez que tu es avec cinq ou six personnes, la personne qui parle tutoie les autres mais te vouvoie, ça veut dire que soit tu ne lui plais pas soit elle juge que vous n’aurez jamais une relation plus avancée.

En France, on demande souvent la permission de l’autre pour pouvoir le tutoyer. En Chine on ne dit jamais « je propose que l’on se tutoie » ou « est-ce que je peux vous tutoyer ». En France il y a une série de normes reconnues là-dessus : entre les collègues on peut se tutoyer ; le supérieur et son inférieur se vouvoient ; on tutoie ses parents, ses oncles et tantes mais peut vouvoyer les parents de son conjoint / sa conjointe ; à l’université les professeurs et les étudiants se vouvoient ; entre les inconnus, sauf aux enfants, on vouvoie toujours ; dans le milieu professionnel, lors de la première rencontre, les gens se vouvoient et ils verront l’évolution de la relation pour décider s’ils vont changer ; etc.

En Chine, le vouvoiement exprime le respect et la politesse, utilisé généralement aux aînés et aux supérieurs. Il n’est pas réciproque : les personnes âgées n’ont pas besoin de vouvoyer les jeunes (mais je viens d'entendre dire qu'au nord on vouvoie beaucoup plus. Bon, la Chine c'est la diversité ;-) ) ; les professeurs n’ont pas besoin de dire « vous » aux élèves. En France c’est plutôt réciproque, quel que soit le décalage d’âge, sauf entre les adultes et les enfants. Les enfants peuvent dire « vous » aux personnes âgées alors celles-ci les tutoient. Les enfants tout petits ne disent que « tu » car ils ne saisissent pas encore ces trucs compliqués du monde des adultes. Quant aux jeunes gens mais adultes, les personnes âgées les vouvoient aussi.

老师和学生 Entre profs et élèves

Pendant mon année de master, une enseignante me vouvoyait d’abord. Depuis que j’ai participé à un séminaire dont elle faisait partie de l’équipe d’organisateurs - je pense qu’elle a apprécié ma communication au séminaire et qu’elle voulait me signaler qu’on pourrait se prendre pour collègues -, elle m’a tutoyée une fois et m’a appelée par mon prénom. Moi, en tant qu’une étudiante chinoise, pensais obstinément que la prof restait la prof, en Chine on dit « professeur un jour professeur toujours », les élèves ne changement jamais leur façon d’appeler leur professeur même quand eux-mêmes deviennent vieux. Et puis, pour nous, cela dépend de la différence d’âge aussi et moins du niveau de la relation. Donc, le mot « tu » a fait des tours entre mes dents mais n’est jamais sorti de la bouche, encore moins l’appeler par son prénom. Elle, ignorant ma théorie chinoise, pensait naturellement que sa proposition de rapprochement ne fut pas acceptée et a repris le vouvoiement.

D’ailleurs, si jamais elle n’avait pas aimé ma participation, elle n’aurait pas suggéré le tutoiement. C’est pourquoi j’ai dit tout à l’heure que le tutoiement est le signe d’une relation proche et bonne. Après une discussion avec nouveaux voisins ou collègues, s’ils trouvent que vous vous entendez très bien et te trouvent pas bizarre, pas bête, pas méchant, intéressant, il se peut qu’ils proposent que vous vous tutoyez. Tu peux te féliciter car ça signifie que tu es accepté.

Pendant la première année de mon enseignement à l’université, j’ai hésité si je devais tutoyer ou vouvoyer les étudiants, mais mon habitude chinoise a pris le dessus et j’ai choisi le tutoiement, alors qu’ils me vouvoyaient. Cela me gênait. J’ai posé la question aux collègues et on m’a dit que c’était mieux de les vouvoyer. Une collègue a dit que quand elle enseignait au collège elle vouvoyait les élèves aussi, pour leur faire sentir qu’il devait y avoir une distance et que le prof n’était pas leurs potes. J’en ai parlé dans mon blog français, les personnes qui ont commenté étaient tous pour le vouvoiement. Entrer à l’université, ça représente un changement d’identité : on est désormais un « grand ». C’est pourquoi on doit les vouvoyer pour respecter cette nouvelle identité. Faire un détour au milieu du semestre c’est bizarre, donc j’ai décidé de finir l’année avec « tu » et de changer de stratégie l’année suivante avec nouveaux élèves.

— 个人风格 Style personnel

Certains ont la tendance de dire « tu » (nous avons dit qu’en France c’est en général réciproque : la personne qui dit « tu » invite donc l’autre à faire pareil), pour exprimer une sympathie ; certains n’abandonne pas le « vous », notamment ceux qui préfèrent garder la distance avec beaucoup de gens. Je vais citer un exemple. Les personnes dans le milieu de la recherche sont très souvent attachées à une équipe. Dans une équipe il doit y avoir au moins deux ou trois leaders qui ont du poids, et puis il y a des enseignants-chercheurs, ensuite il y a des étudiants – en master et en doctorat. J’ai connu une équipe dans laquelle il y avait une directrice et un vice-directeur (ils ont changé de place plus tard et il est devenu le directeur). Ils avaient différents styles : l’homme tutoyait les membres de l’équipe ; la femme vouvoyait non seulement les « petits soldats » comme nous, mais aussi les collègues « de la même hauteur ». Ce n’est pas très courant mais c’était son style.


Certaines personnes peuvent faire encore plus compliqué : à la même personne, tantôt elles la tutoient tantôt elles la vouvoient, selon les circonstances et les personnes autour, selon si elles veulent exprimer l’intimité ou la distance. Le directeur de l’équipe de recherche que je viens de mentionner est comme ça : il m’a déjà tutoyée et aussi vouvoyée. Je sais que c’était voulu, mais pas parce qu’il a trop bu et qu’il a perdu la tête. Mais ce n’est pas un cas courant non plus, donc nous pouvons l’ignorer si nous le trouvons trop compliqué. Ce que nous pouvons faire est soit d’être passif et discret (dépendre de l’autre ; voir les circonstances) ou de prendre l’initiative (décider sur quel pieds danser et le proposer à l’autre). ça dépend de la personnalité, par exemple je suis plutôt passive dans la communication avec d’autres, en plus je trouve que cette question devient un peu compliquée en France. Je me contente donc de suivre l’autre et je propose rarement le tutoiement avant l’autre.

vendredi 22 mai 2015

Une Chinoise en France - 1.3 Faire la bise

SHU Changying 舒长瑛 

"Une Chinoise en France" - Vision comparative des cultures sino-française (et sino-occidentale)

A publier en épisodes; traduits au fur et à mesure de ce que j'ai écrit en chinois

Et, si ça peut vous aider à voir plus claire ma position, je m'imagine m'adresser à mes compatriotes.... ;-)

Il est défendu d'utiliser le contenu sans mon accord ou sans préciser la source.
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1.3 吻脸 Faire la bise


Après « bonjour » et « ça va ? », maintenant on va parler de « faire la bise ». Une note pour les Chinois : il ne s’agit pas ici des bisous entre les amoureux, mais les bisous sur les joues, entre les membres de la famille et les amis.

好想碰碰你…… J’ai juste envie de te toucher…

Chez les Occidentaux, que ce soit s’embrasser ou se serrer les mains, ce qu’on veut c’est d’avoir un contact physique. Quand ils voient que les parents chinois et leur enfant, après une très longue séparation, peuvent se retrouver sans se faire un contact physique, ils sont surpris, voire choqués. ça nous arrive d’avoir besoin du contact physique avec les personnes très proches, mais ce n’est pas dans notre habitude et on est un peu timide pour le faire. Les enfants tout petits se comportent par instinct : quand ils voient une personne qu’ils aiment ils ouvrent les bras, se jettent dans vos bras et veulent absolument que vous le prenez dans les bras. Chez les enfants on voit moins la démarcation de la frontière ; la culture laisse des empreintes au fur et à mesure que nous grandissons.

Chaque fois quand je rentre en Chine, ma mère me serre dans les bras, mes sœurs prennent peut-être ma main ou mon bras, mais mon père et mon frère ne le font pas, encore moins mes oncles, tantes et cousines. Il y a quelques années, lors de mon premier retour, ma mère était si contente que par un coup d’élan, elle m’a embrassée. La timidité a été ainsi brisée et donc elle fait ça chaque fois, un peu « à l’occidentale » aux yeux des Chinois. Je tape les épaules de mon père, mes frères et sœurs, parce qu’un petit contact intime est plaisant envers des gens qu'on aime. Puisqu’on n’est pas habitué, on a même besoin de chercher des excuses, sans s’en rendre forcément compte. Par exemple, je masse parfois les épaules à mon père, ma sœur dit « hé hé, je vais te frapper » et puis elle prend ma main et la tapote.

Un peu de contact intime entre les membres de la famille nous est donc agréable, et on ressent un besoin parfois. En France, quand les parents font la bise aux enfants et petits-enfants, ils font des bises « prolongées » et les serrent longuement. Mais tout comme « bonjour » et « ça va ? », la bise fait partie du rituel et on ne peut pas se comporter à sa propre volonté. On ne peut pas faire la bise à quelqu’un quand on est de bonne humeur et ne pas le faire dans le cas contraire ; on ne peut pas faire la bise à quelques personnes et ne pas le faire à d’autres. Sauf avec la famille et les amis proches, la bise n’est plus un acte volontaire (bien-sur, sauf quand un homme le fait à une belle fille ou une femme à un beau garçon), mais un rite obligatoire.

Pareil comme la question de salutation, en Occident il s’agit des rituels plutôt fixes ; en Chine sauf dans un contexte officiel, il y a plus de spontanéité. Par exemple, après une séparation d’un an ou deux ans avec ma famille, quand on se retrouve on ne fait pas de bise, et peut-être les retrouvailles ont lieu sans aucun contact physique. ça paraît très froid aux yeux des Occidentaux. Alors que plus tard, quand on se promène, parle ou mange, on peut être bras dessus bras dessous, on peut se prendre la main, se toucher la tête ou se tapoter les épaules (je l’ai dit tout à l’heure, on a aussi envie de se toucher). Contrairement, si je prends l'exemple de ma belle-famille, je trouve qu'à part les bises (plus rituelles qu'affectives, sauf peut-être de la part de ma belle-mère à ses enfants et petits-enfants), il n'y a plus de contact physique spontané: chacun son espace. En France, à table, si tu vas prendre le bras de l’autre, se pousser, se tapoter, tu envahis l’espace de l’autre et il n’y a que les enfants « pas sages » qui font ce genre de choses (si un enfant fait ça, les parents interviennent tout de suite). En plus, à table chacun mange dans sa propre assiette et chacun sa place à part entière, mieux vaudrait laisser les gens tranquilles (la politesse à table s’applique aussi dans le cadre familial).

批发式吻脸 Bises en vrac

La bise entre deux personnes, c’est simple, mais imaginez quand cinq personnes rencontrent huit, ça devient très chaotique. Des fois on va au restaurant entre amis (et amis des amis), huit ou neuf personnes sont installées et deux autres arrivent ; tout le monde se lève pour leur faire la bise, en disant « bonjour, ça va ? ». A mes yeux c’est fatigant et trop rigide, mais je ne dois pas rester dans mon coin et refuser de participer à la « cérémonie », car c’est très malpoli et antipathique. Au moment de se quitter, il faut se forcer (en ce qui me concerne, j’ai besoin de me forcer) à faire la « bise en vrac » encore une fois. J’ai déjà fait la bêtise de faire semblant d’ignorer quelques personnes qui ne sont pas venues vers moi, mais tout de suite ce fut le remord : je n’aurais pas dû être malpolie pour une petite économie d’énergie.

Quand on est à Rome, on fait comme les Romains. Pour ne pas froidir l’ambiance, pour être sympathique, il faut s’accorder à la situation même si c’est un effort à faire. Là-dessus je suis toujours passive : j’accepte si on me le fait et ne « offre » pas mes joues de mon propre mouvement. Certains peuvent hésiter car ils savent que ce n’est pas la coutume dans certains pays, dont la Chine. Ils peuvent se demander si ça ne se fait pas avec moi et ont peur de m’offenser. Dans ce cas ils attendent voir ce que je fais, ou ils me serrent les mains ou bien demandent explicitement mon avis. Si on demande ma permission je ne refuse pas : il n’y a pas la raison, et puis ce n’est pas si désagréable que ça, sauf s’il s’agit d’une « bise en quantité ».

在我们那儿是三下!Chez nous c’est trois !



A propos, en France, en général on fait deux bises : une à droite une à gauche. Dans certaines régions il faut en faire trois ou quatre et puisque ce n’est pas nationalement courant, la personne l’explique à l’avance : « chez nous c’est trois / quatre fois ». Ci-dessous il y a une image : dans la zone jaune on fait deux bises ; dans la zone rose quatre ; dans la zone verte trois ; dans la zone bleue claire on n’en fait qu’une. Mais ce n’est pas un problème grave. Vous pouvez faire comme une dame à la danse du salon et vous vous faites guider. Si, après deux bises, la personne ne récupère pas son visage, ça veut dire que vous pouvez continuer. Si c’est la première fois dans votre vie d’effectuer cette cérémonie, n’ayez pas peur et sortez vos joues : d’abord une, ensuite l’autre. Inclinez un peu votre visage, légèrement mais pas trop (sinon on doit embrasser vos oreilles ou cheveux). Pour le reste, l’autre personne s’en occupera.

吻谁?A qui ?

A part le nombre de bises, ce qui est plus important c’est de savoir quand il faut le faire et quand il ne faut pas. Nous pouvons avoir l’impression que les Occidentaux le font systématiquement alors que ce n’est pas vrai. Dans le milieu professionnel les gens se serrent les mains souvent, sauf s’ils se connaissent bien et qu’ils se sentent proches. Quand on voit quelqu’un qu’on connaît sans avoir une relation proche, lui serrer les mains est suffisant. D’ailleurs, beaucoup entre nous savent que la bise se fait normalement entre un homme et une femme ou bien entre deux femmes ; entre deux hommes seulement les membres de famille et les amis très proches le font.

到底吻哪儿?Où est-ce qu’on embrasse réellement ?

Pour faire correctement la bise, on sort sa joue et légèrement ses lèvres, sans que ces dernières touchent vraiment le visage de l’autre, mais on fait un petit bruit imitant le contact entre les lèvres et la joue. Ce petit bruit m’est bien technique. Lors de mon premier séjour en France, je logeais dans une famille française. A l’époque je pensais qu’il suffisait que les deux joues se touchent, jusqu’à un jour où un ami de la famille d’accueil a signalé que ma méthode n’était pas bonne. Il a dit au propriétaire de m’entraîner tous les jours et ça a fait rire à tout le monde. Plus tard, je croyais qu’il fallait vraiment coller les lèvres sur la joue de l’autre. Plusieurs personnes ont fait mouiller leurs joues à cause de ça et j’en suis désolée en y repensant. Encore plus tard, j’ai mieux saisi la tactilité. Pourtant, malgré mon geste plutôt correct, je n’arrive pas à faire le petit bruit. Si l’autre personne le fait bien mes bises silencieuses passent inaperçues. Parfois je tombe sur une personne qui fait également des bises silencieuses, là ça devient plus gênant. Mais bon, ce n’est pas très grave, l’essentiel c’est qu’on le fait.





[1] http://bouillondecultures2015.blogspot.fr/2015/03/on-se-fait-la-bise_48.html

jeudi 5 février 2015

"Une Chinoise en France": 1.2 "Bonjour! ça va?"

SHU Changying 舒长瑛 

"Une Chinoise en France" - Vision comparative des cultures sino-française (et sino-occidentale)

A publier en épisodes; traduits au fur et à mesure de ce que j'ai écrit en chinois

Et, si ça peut vous aider à mieux saisir ma position, je m'imagine m'adresser à mes compatriotes.... ;-)

Il est défendu d'utiliser le contenu sans mon accord ou sans préciser la source.
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1. La différence culturelle dans la salutation


1.2 « Bonjour ! Ça va ? »

« Ni hao / Bonjour / Hello / …. », cela paraît la façon universelle de saluer les gens. C’est presque incontestable, mais en réalité tout le monde ne salue pas les gens comme ça. En Chine, il y a le fameux « Avez-vous mangé ? ». Certains étrangers pensent que c’est ça la salutation traditionnelle chinoise. C’est réducteur, donc faussé, de penser ainsi. On demande « avez-vous mangé ? » uniquement autour des heures des repas. Si vous saluez quelqu’un avec cette question à dix heures du matin ou quatre heures de l’après-midi, la personne est surprise. Nous avons beaucoup de salutations particulières à la personne et à la circonstance : Vous vous promenez ? Vous lavez votre voiture ? Vous cherchez votre enfant ? Vous faites des courses ? Vous allez où ? Ah vous avez très bonne mine ! Etc. Si nous transférons ces salutations dans une autre langue dans un autre pays, ça deviendrait incompréhensible.

Dans ma petite (à l’envergure chinoise) ville natale, beaucoup de gens n’ont jamais dit « ni hao » dans leur vie et utilisent des salutations à la chinoise que nous venons de citer. Vous pouvez croire que c’est « trop facile » (de saluer les gens en disant « bonjour » ou l’équivalent en d’autres langues) pour ceux qui ont à communiquer avec des étrangers, alors que ça ne va pas de soi pour tout le monde. Une fois, à l’aéroport Charles de Gaule, un employé s’est fâché contre un vieux couple chinois mais les deux Chinois ne savaient peut-être pas, en tout cas ne savaient pas pourquoi.

Voici ce qui s’est passé. Au guichet, l’employé a dit « bonjour » ; le couple chinois, avec un grand sourire sur le visage, a donné leur passeport sans rien dire. L’employé a redit « bonjour », le couple souriait toujours et s’inclinait légèrement. L’employé n’acceptait pas cela, il a arrêté son affaire et demandé au couple chinois s’il parlait français. Ce dernier a approuvé d’un signe de tête. Le Français dit : vous savez parler français, donc vous savez dire « bonjour », pourquoi vous ne dites pas bonjour ? La réaction du couple chinois : grand sourire, encore et toujours (dans ce sourire, à part la salutation, il y a maintenant de la reconnaissance pour le service et des excuses d’avoir mis l’employé en colère). L’autre a fini par abandonner et laisser passer le couple qui n'a toujours pas dit « bonjour ».

J’étais juste derrière le couple chinois et trouvais l’employé français « inflexible » et « stéréotypé » : tout ce sourire ne vaut-il pas un « bonjour » ?! Mais en Occident, il faut DIRE les formules de politesse pour être poli ; même si votre visage est plein de sincérité et de sourire, si vous ne dites pas les mots-clés, comme « bonjour » ou « merci », vous êtes traité de malpoli. Une culture a ses « codes », la meilleure solution est de s’adapter.

Les Chinois recherchent « l’intention », l’intention de remercier, d’aimer, de s’excuser, etc. L’intention suffit, la parole est parfois superflue. Les formules de politesse donnent le sentiment de distance et nuisent à la sincérité de l’intention.

Une plus grande importance est attribuée à la parole chez les Occidentaux. L’expression des sentiments, y compris les salutations, est en grande partie verbalisée, en tout cas il faut la part verbalisée. Par exemple, pour exprimer la reconnaissance, c’est le « merci », qu’on dit sans cesse, si « abusivement » qu’il n’a parfois plus de sens mais il ne faut pas l’omettre pour autant ; il est devenu un des sons qu’on produit machinalement et instinctivement. Chez les Chinois, la reconnaissance n’est pas toujours exprimée par le mot « xiexie ». Entre les proches, par exemple dans le couple, entre parents et enfants, on ne dit pas chaque fois « xiexie ». La reconnaissance est dans ton sourire, dans ton regard, dans ta main qui tapote les épaules de la personne, et c’est suffisant.

Revenons à la salutation. Moi-même, de la jeune (enfin, tout est relatif) génération, vivant dans une culture étrangère depuis une assez longue période, je peux encore surprendre les gens quand je me laisse emporter par mon instinct chinois. Il y a quelques années, en juillet, dans le jardin de l’ENS de Lyon, j’ai vu mon amie grecque assise à côté d’une étudiante française que je connaissais aussi. C’étaient les vacances et les Français étaient tous partis normalement. Je fus surprise de voir que la Française était encore là, et à cause de la surprise mon instinct l’emportait.

Je suis allée vers elles et ai dit : Comment ça se fait que tu es encore à la fac ?
Elles me regardaient et ne comprenaient pas.
J’ai ajouté, pensant que je n’avais pas été claire : Comment ça se fait que tu es encore à la fac, mais pas rentrée chez toi ?
Elles me regardaient toujours, très perplexes.
Après un instant de silence, l’amie grecque a dit : Mais, tu commences comme ça ?

Commencer quoi ? La salutation. Qu’y a-t-il ? Je n’ai pas commencé par « Bonjour ! Ça va ? », comme tout le monde et comme ce qu’il fallait. Par conséquent, elles ont perdu la réactivité car je sortais de leur « champs de conscience ».

J’ai maintenant l’habitude de prononcer le « bonjour » qui est devenu machinal et instinctif. Mais, après mes dix ans de vie en France, je n’ai toujours pas pris l’habitude d’ajouter toujours « ça va ? ». Je n’ai pas pris l’habitude car je n’ai pas accepté, je n’ai pas accepté car je n’y trouve pas de sens, je ne veux pas dire des choses qui n’ont pas de sens.

Ça nous arrive aussi de demander « ça va bien ? » ou « comment ça va en ce moment ? », quand nous voulons vraiment savoir comment va l’autre personne et nous sommes prêts à écouter ce que l’autre raconterait. Quand nous voyons ou appelons des proches, nous voulons évidemment savoir comment ils se portent, mais nous les interrogeons par des phrases personnalisées et « flexibles ». Comme ça, après la rencontre ou l’appel, nous savons comment va la santé, quel temps il fait, ce que l’autre personne fait de beau, etc. Mais nous n’avons pas forcément besoin de demander « ça va ? », que nous trouvons trop vaste.

Chaque fois, après mon coup de fil avec mes parents ou une amie, mon mari me demande « il/elle va bien ? ». Parfois je ne sais vraiment pas comment répondre à sa question. D’abord, je n’ai pas posé cette question durant toute la conversation. Et puis, ma mère ou mon amie m’a raconté pas mal de choses, concernant divers sujets, dont il y a du positif et du négatif, du Yin et du Yang, mais pas clairement « blanc » ou « noir ». Je dois dire « Il/elle va bien » ou « Il/elle ne va pas bien » (ni l’un ni l’autre n’est juste)? Je lui ai parlé de ma difficulté et il ne le demande plus. En fait, pour lui ce n’est peut-être qu’une habitude, une réflexe.

En France, « ça va ? » est une phrase qu’on ajoute toujours après « bonjour ». Je raconte une autre expérience, entre une amie et moi il y a quelques années :

Elle : Bonjour !
Moi : Bonjour !
Elle : ça va ?
Moi : (comme réponse, je lui ai raconté un peu ma vie)
Elle : Ah bon ! Alors, ça va, ça se passe bien ?
Moi : (j’ai encore trouvé des choses à raconter)
Elle : Ah oui ! Alors, tout va bien ? Ça se passe bien ?
Moi : …. Très bien, merci, et toi ?
Elle : Très bien, merci.

Bon, enfin on a pu terminer le rituel de la salutation. Aujourd’hui, je suis plus habituée à dire « ça va ? », une phrase indispensable mais parfois vidée de sens. Cependant, je ne le dis pas très souvent, tout de même, sauf quand je veux vraiment savoir comment va l’autre. Quand deux personnes se croisent dans le couloir sans même s’arrêter, l’une demande « ça va ? », l’autre peut-elle dire qu’elle ne va pas bien !

Parfois dans le couloir, je croise un collègue. Après le « bonjour » je ne dis plus rien, l’autre personne fait recours à « ça va ? » pour casser le silence, et je dis donc « très bien, merci, et vous ? » Les formules rituelles n’ont pas toujours de sens, mais elles servent à activer l’ambiance et faciliter la communication. Pareil pour « avez-vous mangé ? » chez les Chinois, ce n’est peut-être pas pour inviter les gens à manger, donc n’a pas vraiment de sens non plus. Des phrases comme « vous vous promenez ? » ou « vous faites des courses ? » n’en ont pas plus. J’utilisais ce genre de salutations en Chine, pourquoi maintenant je me bloque pour un petit « ça va ? » ? C’est comme ça le décalage culturel, qui est souvent tenace. Ce n’est que deux mots tout courts, très faciles à dire, mais je mets du temps à l’accepter. Je suis sans doute trop têtue et je tiens trop à chercher le « sens ». Dans la vie il ne faut pas être obstiné pour tout.


Si on creuse, il doit y en avoir, du sens, mais notre sens n’est pas bien compris par les étrangers, et vice versa. A part le sens, il y a aussi les habitudes, héritées de génération en génération, dans lesquelles nous sommes immergés dès notre arrivée au monde. Le sens et l’habitude forment une composante fondamentale d’une culture.

mardi 3 février 2015

Récit des photos: villageoises sous les arbres


 Photos by SHU Changying, été 2013
Village Yaoli 窑里, province Jiangxi 江西

1. regard démographique

Quand on regarde ces photos, on pourrait se demander: où sont les hommes?

Cela reflète un phénomène typique de la campagne chinoise depuis quelques années: le manque de population jeune, notamment masculine. Il reste des personnes âgées, une partie d'enfants (certains sont emmenés en ville par leurs parents, d'autres restent avec leurs grands-parents), et quelques - pas beaucoup - jeunes femmes qui ont choisi de rester pour s'occuper des enfants et de ne pas partir travailler en ville avec leur mari.

Certains villages sont encore plus vidés: beaucoup de maisons fermées à serrure ou même abandonnées; il ne reste que quelques vieux et enfants.

2. mode de vie

Même si l'évolution est énorme, on trouve encore des traces de "mode de vie d'avant" à la campagne. Ces villageoises passent leur temps dehors sous des arbres, un éventail en paille dans les mains. Elles gardent les enfants ou petits-enfants, parlent de tout et de rien, sans aucune consommation d'énergie. 

Certes, il y a des personnes qui préfèrent jouer aux maj-hongs ou regarder la télé dans une pièce climatisée, mais l'espace en plein air est encore bien vivable, même agréable: pas si brûlant comme, en été en Chine, dans les villes où la chaleur est renvoyée de partout - immeubles en béton ou verre, voitures, sol de béton ou de goudron -; peu de bruit, peu de pollution. 

L'ordinateur n'est pas courant encore dans ce village, probablement en raison du manque de jeunes gens. Grâce à ça, les villageois n'ont pas encore pris l'habitude des citadins: préférer passer leur temps libre devant l'ordinateur. L'ordinateur a une telle attirance magique que, dès qu'il y en a, les gens sont absorbés, y compris les enfants qui savent à peine marcher et parler. 

3. curiosité et spontanéité

Sur la première photo, au premier plan, nous voyons deux jeunes femmes au dos. Une des deux était connue par la plupart d'habitantes, l'autre - inconnue - était une amie de la première. Le passage de ces deux femmes était accueilli par la "communauté" avec un grand sourire, surtout intéressée par celle qu'elles ne connaissaient pas. Des questions furent posées: c'est qui? tu habites où? tu fais quoi? tu as des enfants? Ah tiens, tu fais jeune!....