vendredi 22 mai 2015

Une Chinoise en France - 1.3 Faire la bise

SHU Changying 舒长瑛 

"Une Chinoise en France" - Vision comparative des cultures sino-française (et sino-occidentale)

A publier en épisodes; traduits au fur et à mesure de ce que j'ai écrit en chinois

Et, si ça peut vous aider à voir plus claire ma position, je m'imagine m'adresser à mes compatriotes.... ;-)

Il est défendu d'utiliser le contenu sans mon accord ou sans préciser la source.
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1.3 吻脸 Faire la bise


Après « bonjour » et « ça va ? », maintenant on va parler de « faire la bise ». Une note pour les Chinois : il ne s’agit pas ici des bisous entre les amoureux, mais les bisous sur les joues, entre les membres de la famille et les amis.

— 好想碰碰你…… J’ai juste envie de te toucher…

Chez les Occidentaux, que ce soit s’embrasser ou se serrer les mains, ce qu’on veut c’est d’avoir un contact physique. Quand ils voient que les parents chinois et leur enfant, après une très longue séparation, peuvent se retrouver sans se faire un contact physique, ils sont surpris, voire choqués. ça nous arrive d’avoir besoin du contact physique avec les personnes très proches, mais ce n’est pas dans notre habitude et on est un peu timide pour le faire. Les enfants tout petits se comportent par instinct : quand ils voient une personne qu’ils aiment ils ouvrent les bras, se jettent dans vos bras et veulent absolument que vous le prenez dans les bras. Chez les enfants on voit moins la démarcation de la frontière ; la culture laisse des empreintes au fur et à mesure que nous grandissons.

Chaque fois quand je rentre en Chine, ma mère me serre dans les bras, mes sœurs prennent peut-être ma main ou mon bras, mais mon père et mon frère ne le font pas, encore moins mes oncles, tantes et cousines. Il y a quelques années, lors de mon premier retour, ma mère était si contente que par un coup d’élan, elle m’a embrassée. La timidité a été ainsi brisée et donc elle fait ça chaque fois, un peu « à l’occidentale » aux yeux des Chinois. Je tape les épaules de mon père, mes frères et sœurs, parce qu’un petit contact intime est plaisant envers des gens qu'on aime. Puisqu’on n’est pas habitué, on a même besoin de chercher des excuses, sans s’en rendre forcément compte. Par exemple, je masse parfois les épaules à mon père, ma sœur dit « hé hé, je vais te frapper » et puis elle prend ma main et la tapote.

Un peu de contact intime entre les membres de la famille nous est donc agréable, et on ressent un besoin parfois. En France, quand les parents font la bise aux enfants et petits-enfants, ils font des bises « prolongées » et les serrent longuement. Mais tout comme « bonjour » et « ça va ? », la bise fait partie du rituel et on ne peut pas se comporter à sa propre volonté. On ne peut pas faire la bise à quelqu’un quand on est de bonne humeur et ne pas le faire dans le cas contraire ; on ne peut pas faire la bise à quelques personnes et ne pas le faire à d’autres. Sauf avec la famille et les amis proches, la bise n’est plus un acte volontaire (bien-sur, sauf quand un homme le fait à une belle fille ou une femme à un beau garçon), mais un rite obligatoire.

Pareil comme la question de salutation, en Occident il s’agit des rituels plutôt fixes ; en Chine sauf dans un contexte officiel, il y a plus de spontanéité. Par exemple, après une séparation d’un an ou deux ans avec ma famille, quand on se retrouve on ne fait pas de bise, et peut-être les retrouvailles ont lieu sans aucun contact physique. ça paraît très froid aux yeux des Occidentaux. Alors que plus tard, quand on se promène, parle ou mange, on peut être bras dessus bras dessous, on peut se prendre la main, se toucher la tête ou se tapoter les épaules (je l’ai dit tout à l’heure, on a aussi envie de se toucher). Contrairement, si je prends l'exemple de ma belle-famille, je trouve qu'à part les bises (plus rituelles qu'affectives, sauf peut-être de la part de ma belle-mère à ses enfants et petits-enfants), il n'y a plus de contact physique spontané: chacun son espace. En France, à table, si tu vas prendre le bras de l’autre, se pousser, se tapoter, tu envahis l’espace de l’autre et il n’y a que les enfants « pas sages » qui font ce genre de choses (si un enfant fait ça, les parents interviennent tout de suite). En plus, à table chacun mange dans sa propre assiette et chacun sa place à part entière, mieux vaudrait laisser les gens tranquilles (la politesse à table s’applique aussi dans le cadre familial).

— 批发式吻脸 Bises en vrac

La bise entre deux personnes, c’est simple, mais imaginez quand cinq personnes rencontrent huit, ça devient très chaotique. Des fois on va au restaurant entre amis (et amis des amis), huit ou neuf personnes sont installées et deux autres arrivent ; tout le monde se lève pour leur faire la bise, en disant « bonjour, ça va ? ». A mes yeux c’est fatigant et trop rigide, mais je ne dois pas rester dans mon coin et refuser de participer à la « cérémonie », car c’est très malpoli et antipathique. Au moment de se quitter, il faut se forcer (en ce qui me concerne, j’ai besoin de me forcer) à faire la « bise en vrac » encore une fois. J’ai déjà fait la bêtise de faire semblant d’ignorer quelques personnes qui ne sont pas venues vers moi, mais tout de suite ce fut le remord : je n’aurais pas dû être malpolie pour une petite économie d’énergie.

Quand on est à Rome, on fait comme les Romains. Pour ne pas froidir l’ambiance, pour être sympathique, il faut s’accorder à la situation même si c’est un effort à faire. Là-dessus je suis toujours passive : j’accepte si on me le fait et ne « offre » pas mes joues de mon propre mouvement. Certains peuvent hésiter car ils savent que ce n’est pas la coutume dans certains pays, dont la Chine. Ils peuvent se demander si ça ne se fait pas avec moi et ont peur de m’offenser. Dans ce cas ils attendent voir ce que je fais, ou ils me serrent les mains ou bien demandent explicitement mon avis. Si on demande ma permission je ne refuse pas : il n’y a pas la raison, et puis ce n’est pas si désagréable que ça, sauf s’il s’agit d’une « bise en quantité ».

— 在我们那儿是三下!Chez nous c’est trois !



A propos, en France, en général on fait deux bises : une à droite une à gauche. Dans certaines régions il faut en faire trois ou quatre et puisque ce n’est pas nationalement courant, la personne l’explique à l’avance : « chez nous c’est trois / quatre fois ». Ci-dessous il y a une image : dans la zone jaune on fait deux bises ; dans la zone rose quatre ; dans la zone verte trois ; dans la zone bleue claire on n’en fait qu’une. Mais ce n’est pas un problème grave. Vous pouvez faire comme une dame à la danse du salon et vous vous faites guider. Si, après deux bises, la personne ne récupère pas son visage, ça veut dire que vous pouvez continuer. Si c’est la première fois dans votre vie d’effectuer cette cérémonie, n’ayez pas peur et sortez vos joues : d’abord une, ensuite l’autre. Inclinez un peu votre visage, légèrement mais pas trop (sinon on doit embrasser vos oreilles ou cheveux). Pour le reste, l’autre personne s’en occupera.

— 吻谁?A qui ?

A part le nombre de bises, ce qui est plus important c’est de savoir quand il faut le faire et quand il ne faut pas. Nous pouvons avoir l’impression que les Occidentaux le font systématiquement alors que ce n’est pas vrai. Dans le milieu professionnel les gens se serrent les mains souvent, sauf s’ils se connaissent bien et qu’ils se sentent proches. Quand on voit quelqu’un qu’on connaît sans avoir une relation proche, lui serrer les mains est suffisant. D’ailleurs, beaucoup entre nous savent que la bise se fait normalement entre un homme et une femme ou bien entre deux femmes ; entre deux hommes seulement les membres de famille et les amis très proches le font.

— 到底吻哪儿?Où est-ce qu’on embrasse réellement ?

Pour faire correctement la bise, on sort sa joue et légèrement ses lèvres, sans que ces dernières touchent vraiment le visage de l’autre, mais on fait un petit bruit imitant le contact entre les lèvres et la joue. Ce petit bruit m’est bien technique. Lors de mon premier séjour en France, je logeais dans une famille française. A l’époque je pensais qu’il suffisait que les deux joues se touchent, jusqu’à un jour où un ami de la famille d’accueil a signalé que ma méthode n’était pas bonne. Il a dit au propriétaire de m’entraîner tous les jours et ça a fait rire à tout le monde. Plus tard, je croyais qu’il fallait vraiment coller les lèvres sur la joue de l’autre. Plusieurs personnes ont fait mouiller leurs joues à cause de ça et j’en suis désolée en y repensant. Encore plus tard, j’ai mieux saisi la tactilité. Pourtant, malgré mon geste plutôt correct, je n’arrive pas à faire le petit bruit. Si l’autre personne le fait bien mes bises silencieuses passent inaperçues. Parfois je tombe sur une personne qui fait également des bises silencieuses, là ça devient plus gênant. Mais bon, ce n’est pas très grave, l’essentiel c’est qu’on le fait.





[1] http://bouillondecultures2015.blogspot.fr/2015/03/on-se-fait-la-bise_48.html

jeudi 5 février 2015

"Une Chinoise en France": 1.2 "Bonjour! ça va?"

SHU Changying 舒长瑛 

"Une Chinoise en France" - Vision comparative des cultures sino-française (et sino-occidentale)

A publier en épisodes; traduits au fur et à mesure de ce que j'ai écrit en chinois

Et, si ça peut vous aider à mieux saisir ma position, je m'imagine m'adresser à mes compatriotes.... ;-)

Il est défendu d'utiliser le contenu sans mon accord ou sans préciser la source.
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1. La différence culturelle dans la salutation


1.2 « Bonjour ! Ça va ? »

« Ni hao / Bonjour / Hello / …. », cela paraît la façon universelle de saluer les gens. C’est presque incontestable, mais en réalité tout le monde ne salue pas les gens comme ça. En Chine, il y a le fameux « Avez-vous mangé ? ». Certains étrangers pensent que c’est ça la salutation traditionnelle chinoise. C’est réducteur, donc faussé, de penser ainsi. On demande « avez-vous mangé ? » uniquement autour des heures des repas. Si vous saluez quelqu’un avec cette question à dix heures du matin ou quatre heures de l’après-midi, la personne est surprise. Nous avons beaucoup de salutations particulières à la personne et à la circonstance : Vous vous promenez ? Vous lavez votre voiture ? Vous cherchez votre enfant ? Vous faites des courses ? Vous allez où ? Ah vous avez très bonne mine ! Etc. Si nous transférons ces salutations dans une autre langue dans un autre pays, ça deviendrait incompréhensible.

Dans ma petite (à l’envergure chinoise) ville natale, beaucoup de gens n’ont jamais dit « ni hao » dans leur vie et utilisent des salutations à la chinoise que nous venons de citer. Vous pouvez croire que c’est « trop facile » (de saluer les gens en disant « bonjour » ou l’équivalent en d’autres langues) pour ceux qui ont à communiquer avec des étrangers, alors que ça ne va pas de soi pour tout le monde. Une fois, à l’aéroport Charles de Gaule, un employé s’est fâché contre un vieux couple chinois mais les deux Chinois ne savaient peut-être pas, en tout cas ne savaient pas pourquoi.

Voici ce qui s’est passé. Au guichet, l’employé a dit « bonjour » ; le couple chinois, avec un grand sourire sur le visage, a donné leur passeport sans rien dire. L’employé a redit « bonjour », le couple souriait toujours et s’inclinait légèrement. L’employé n’acceptait pas cela, il a arrêté son affaire et demandé au couple chinois s’il parlait français. Ce dernier a approuvé d’un signe de tête. Le Français dit : vous savez parler français, donc vous savez dire « bonjour », pourquoi vous ne dites pas bonjour ? La réaction du couple chinois : grand sourire, encore et toujours (dans ce sourire, à part la salutation, il y a maintenant de la reconnaissance pour le service et des excuses d’avoir mis l’employé en colère). L’autre a fini par abandonner et laisser passer le couple qui n'a toujours pas dit « bonjour ».

J’étais juste derrière le couple chinois et trouvais l’employé français « inflexible » et « stéréotypé » : tout ce sourire ne vaut-il pas un « bonjour » ?! Mais en Occident, il faut DIRE les formules de politesse pour être poli ; même si votre visage est plein de sincérité et de sourire, si vous ne dites pas les mots-clés, comme « bonjour » ou « merci », vous êtes traité de malpoli. Une culture a ses « codes », la meilleure solution est de s’adapter.

Les Chinois recherchent « l’intention », l’intention de remercier, d’aimer, de s’excuser, etc. L’intention suffit, la parole est parfois superflue. Les formules de politesse donnent le sentiment de distance et nuisent à la sincérité de l’intention.

Une plus grande importance est attribuée à la parole chez les Occidentaux. L’expression des sentiments, y compris les salutations, est en grande partie verbalisée, en tout cas il faut la part verbalisée. Par exemple, pour exprimer la reconnaissance, c’est le « merci », qu’on dit sans cesse, si « abusivement » qu’il n’a parfois plus de sens mais il ne faut pas l’omettre pour autant ; il est devenu un des sons qu’on produit machinalement et instinctivement. Chez les Chinois, la reconnaissance n’est pas toujours exprimée par le mot « xiexie ». Entre les proches, par exemple dans le couple, entre parents et enfants, on ne dit pas chaque fois « xiexie ». La reconnaissance est dans ton sourire, dans ton regard, dans ta main qui tapote les épaules de la personne, et c’est suffisant.

Revenons à la salutation. Moi-même, de la jeune (enfin, tout est relatif) génération, vivant dans une culture étrangère depuis une assez longue période, je peux encore surprendre les gens quand je me laisse emporter par mon instinct chinois. Il y a quelques années, en juillet, dans le jardin de l’ENS de Lyon, j’ai vu mon amie grecque assise à côté d’une étudiante française que je connaissais aussi. C’étaient les vacances et les Français étaient tous partis normalement. Je fus surprise de voir que la Française était encore là, et à cause de la surprise mon instinct l’emportait.

Je suis allée vers elles et ai dit : Comment ça se fait que tu es encore à la fac ?
Elles me regardaient et ne comprenaient pas.
J’ai ajouté, pensant que je n’avais pas été claire : Comment ça se fait que tu es encore à la fac, mais pas rentrée chez toi ?
Elles me regardaient toujours, très perplexes.
Après un instant de silence, l’amie grecque a dit : Mais, tu commences comme ça ?

Commencer quoi ? La salutation. Qu’y a-t-il ? Je n’ai pas commencé par « Bonjour ! Ça va ? », comme tout le monde et comme ce qu’il fallait. Par conséquent, elles ont perdu la réactivité car je sortais de leur « champs de conscience ».

J’ai maintenant l’habitude de prononcer le « bonjour » qui est devenu machinal et instinctif. Mais, après mes dix ans de vie en France, je n’ai toujours pas pris l’habitude d’ajouter toujours « ça va ? ». Je n’ai pas pris l’habitude car je n’ai pas accepté, je n’ai pas accepté car je n’y trouve pas de sens, je ne veux pas dire des choses qui n’ont pas de sens.

Ça nous arrive aussi de demander « ça va bien ? » ou « comment ça va en ce moment ? », quand nous voulons vraiment savoir comment va l’autre personne et nous sommes prêts à écouter ce que l’autre raconterait. Quand nous voyons ou appelons des proches, nous voulons évidemment savoir comment ils se portent, mais nous les interrogeons par des phrases personnalisées et « flexibles ». Comme ça, après la rencontre ou l’appel, nous savons comment va la santé, quel temps il fait, ce que l’autre personne fait de beau, etc. Mais nous n’avons pas forcément besoin de demander « ça va ? », que nous trouvons trop vaste.

Chaque fois, après mon coup de fil avec mes parents ou une amie, mon mari me demande « il/elle va bien ? ». Parfois je ne sais vraiment pas comment répondre à sa question. D’abord, je n’ai pas posé cette question durant toute la conversation. Et puis, ma mère ou mon amie m’a raconté pas mal de choses, concernant divers sujets, dont il y a du positif et du négatif, du Yin et du Yang, mais pas clairement « blanc » ou « noir ». Je dois dire « Il/elle va bien » ou « Il/elle ne va pas bien » (ni l’un ni l’autre n’est juste)? Je lui ai parlé de ma difficulté et il ne le demande plus. En fait, pour lui ce n’est peut-être qu’une habitude, une réflexe.

En France, « ça va ? » est une phrase qu’on ajoute toujours après « bonjour ». Je raconte une autre expérience, entre une amie et moi il y a quelques années :

Elle : Bonjour !
Moi : Bonjour !
Elle : ça va ?
Moi : (comme réponse, je lui ai raconté un peu ma vie)
Elle : Ah bon ! Alors, ça va, ça se passe bien ?
Moi : (j’ai encore trouvé des choses à raconter)
Elle : Ah oui ! Alors, tout va bien ? Ça se passe bien ?
Moi : …. Très bien, merci, et toi ?
Elle : Très bien, merci.

Bon, enfin on a pu terminer le rituel de la salutation. Aujourd’hui, je suis plus habituée à dire « ça va ? », une phrase indispensable mais parfois vidée de sens. Cependant, je ne le dis pas très souvent, tout de même, sauf quand je veux vraiment savoir comment va l’autre. Quand deux personnes se croisent dans le couloir sans même s’arrêter, l’une demande « ça va ? », l’autre peut-elle dire qu’elle ne va pas bien !

Parfois dans le couloir, je croise un collègue. Après le « bonjour » je ne dis plus rien, l’autre personne fait recours à « ça va ? » pour casser le silence, et je dis donc « très bien, merci, et vous ? » Les formules rituelles n’ont pas toujours de sens, mais elles servent à activer l’ambiance et faciliter la communication. Pareil pour « avez-vous mangé ? » chez les Chinois, ce n’est peut-être pas pour inviter les gens à manger, donc n’a pas vraiment de sens non plus. Des phrases comme « vous vous promenez ? » ou « vous faites des courses ? » n’en ont pas plus. J’utilisais ce genre de salutations en Chine, pourquoi maintenant je me bloque pour un petit « ça va ? » ? C’est comme ça le décalage culturel, qui est souvent tenace. Ce n’est que deux mots tout courts, très faciles à dire, mais je mets du temps à l’accepter. Je suis sans doute trop têtue et je tiens trop à chercher le « sens ». Dans la vie il ne faut pas être obstiné pour tout.


Si on creuse, il doit y en avoir, du sens, mais notre sens n’est pas bien compris par les étrangers, et vice versa. A part le sens, il y a aussi les habitudes, héritées de génération en génération, dans lesquelles nous sommes immergés dès notre arrivée au monde. Le sens et l’habitude forment une composante fondamentale d’une culture.

mardi 3 février 2015

Récit des photos: villageoises sous les arbres


 Photos by SHU Changying, été 2013
Village Yaoli 窑里, province Jiangxi 江西

1. regard démographique

Quand on regarde ces photos, on pourrait se demander: où sont les hommes?

Cela reflète un phénomène typique de la campagne chinoise depuis quelques années: le manque de population jeune, notamment masculine. Il reste des personnes âgées, une partie d'enfants (certains sont emmenés en ville par leurs parents, d'autres restent avec leurs grands-parents), et quelques - pas beaucoup - jeunes femmes qui ont choisi de rester pour s'occuper des enfants et de ne pas partir travailler en ville avec leur mari.

Certains villages sont encore plus vidés: beaucoup de maisons fermées à serrure ou même abandonnées; il ne reste que quelques vieux et enfants.

2. mode de vie

Même si l'évolution est énorme, on trouve encore des traces de "mode de vie d'avant" à la campagne. Ces villageoises passent leur temps dehors sous des arbres, un éventail en paille dans les mains. Elles gardent les enfants ou petits-enfants, parlent de tout et de rien, sans aucune consommation d'énergie. 

Certes, il y a des personnes qui préfèrent jouer aux maj-hongs ou regarder la télé dans une pièce climatisée, mais l'espace en plein air est encore bien vivable, même agréable: pas si brûlant comme, en été en Chine, dans les villes où la chaleur est renvoyée de partout - immeubles en béton ou verre, voitures, sol de béton ou de goudron -; peu de bruit, peu de pollution. 

L'ordinateur n'est pas courant encore dans ce village, probablement en raison du manque de jeunes gens. Grâce à ça, les villageois n'ont pas encore pris l'habitude des citadins: préférer passer leur temps libre devant l'ordinateur. L'ordinateur a une telle attirance magique que, dès qu'il y en a, les gens sont absorbés, y compris les enfants qui savent à peine marcher et parler. 

3. curiosité et spontanéité

Sur la première photo, au premier plan, nous voyons deux jeunes femmes au dos. Une des deux était connue par la plupart d'habitantes, l'autre - inconnue - était une amie de la première. Le passage de ces deux femmes était accueilli par la "communauté" avec un grand sourire, surtout intéressée par celle qu'elles ne connaissaient pas. Des questions furent posées: c'est qui? tu habites où? tu fais quoi? tu as des enfants? Ah tiens, tu fais jeune!.... 

vendredi 30 janvier 2015

"Une Chinoise en France": 1.1 Faire attention aux gens

SHU Changying 舒长瑛 

"Une Chinoise en France" - Vision comparative des cultures sino-française (et sino-occidentale)

A publier en épisodes; traduits au fur et à mesure de ce que j'ai écrit en chinois

Et, si ça peut vous aider à mieux saisir ma position, je m'imagine m'adresser à mes compatriotes.... ;-)

Il est défendu d'utiliser le contenu sans mon accord ou sans préciser la source.
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1. La différence culturelle dans la salutation
1.1 Faire attention aux gens

La salutation commence par faire attention à l’autre, à chaque personne présente. C’est un point fondamental pour moi, mais ignoré par beaucoup de Chinois.

En Chine, on est habitué à ignorer les inconnus. Quand on entre dans un ascenseur on ne regarde pas les personnes dedans ; au magasin on va directement vers les choses qui nous intéressent sans regarder le vendeur ; quand on passe à la caisse au supermarché, on regarde justement combien il faut payer, et puis payer et partir, sans savoir à quoi ressemble le caissier. Tout le monde fait comme ça et tu es traité de « bizarre » ou « « encroûté » si tu ne fais pas pareil.

Il y a quelques années, lors de mon premier retour en Chine, en entrant dans un ascenseur j’ai lancé un sourire global (envers tout le public). Il y avait un couple, dont la femme a regardé alternativement son mari et moi avec méfiance, doutant que je le connaissais, et puis m’a jeté un œil blanc (pour elle je draguais…). J’ai vite compris la gravité des choses et, dès lors, faisais une tête froide chaque fois quand j’entrais dans un ascenseur. Sans ce léger sourire comme salutation, j’ai toujours la sensation que tout le monde se haït, que chaque personne se fait détester.

Ça ne concerne pas uniquement l’ascenseur, bien-sûr. Il y a cette froideur entre les inconnus, généralement. On est parfois traité ainsi quand on a besoin d’un service. Une fois, au point de vente de billets de train de l’aéroport Pudong à Shanghai, la personne dit brusquement « aller où ? », sans sortir sa tête de derrière l’ordinateur. J’ai mis un instant à réaliser qu’elle commença à me servir.

Pas de salutation (aux inconnus), pas de phrase inutile, cela crée une efficacité, certes. Ça économise cinq ou dix secondes et ne fatigue pas les gens pour rien. Dans un des quartiers asiatiques – Belleville, j’ai l’impression que certains vendeurs ou serveurs ont l’air énervés par des clients français qui disent trop de « merci » et « s’il vous plaît ».

J’ai un ami français qui est un professeur retraité en urbanisme. Chaque année il va donner quelques semaines de cours en Chine et il y participe aussi à certains projets d’urbanisation. Je trouve que c’est « fatigant » de faire la bise ou de serrer les mains à chaque personne présente, alors que lui, il trouve qu’en Chine les gens paraissent parfois s’ignorer, comme si les autres n’existent pas. Un exemple, on se trouve dans une salle pour une réunion. Une personne entre et peut aller directement s’asseoir à une place sans voir d’autres. Ensuite, il peut garder la tête baissée sur son téléphone ou sur son journal, ou bien il parle aux personnes à côté, ou bien il jette un coup d’œil à la salle pour savoir qu’il y a. Je lui dis que seulement quelqu’un d’ « important » salue tout le monde et que si quelqu’un d’ « ordinaire » fait pareil, les autres le trouveraient bizarre, en se disant « tu te prends pour qui ». J’en déduirais : en Chine, l’identité d’une personne n’est pas son existence, mais son titre et son rôle.

En France, selon mon observation, si les visiteurs et touristes n’ont pas cette conscience d’attribuer l’attention à l’autre, ils paraissent très impolis. Une fois, j’ai fait un petit boulot : accompagner quelques patrons chinois en France pour une foire de textile. Ils ont participé à la foire et ont aussi fait du grand shopping à la galerie Lafayette. Ce jour-là j’ai entièrement ressenti chez eux la désinvolture causée par le manque d’attention attribué aux gens, et sincèrement j’avais honte pour eux. Cette honte n’était pas partagée par eux-mêmes, car ils ne regardaient rien d’autres que les marchandises.

Dans le hall de la foire, si on faisait un peu d’attention, on voyait très vite qu’en se rapprochant d’un stand, la première chose était de regarder le personnel, le saluer et demander si on pouvait regarder. Si la personne était libre elle nous recevrait ; sinon on nous demanderait de patienter un peu. Pour regarder les échantillons (de tissu), c’était le personnel qui nous en apporterait. Mais, les personnes que j’accompagnais ne voulaient absolument faire comme ça. La première possibilité, ils ne s’en rendaient pas compte, n’avaient pas la conscience ; la deuxième possibilité, ils ne pouvaient pas attendre, voulaient aller très vite, ne pouvaient pas gaspiller une seule seconde. Peut-être leur logique est ainsi : à quoi bon de paraître poli ? Ça ne m’apporte rien !

Alors, chaque fois je m’occupais de saluer le personnel par le regard et par le « bonjour », pour donner bel et bien l’impression qu’on n’était pas de purs barbares, mais pendant ce temps les personnes que j’accompagnais allaient directement vers les objets exposés, fouillaient les échantillons. Des fois j’étais en train de demander au personnel si on pouvait regarder, mes patrons l’avaient déjà fait et allaient repartir sans moi. Je devais abandonner tout de suite le personnel pour les suivre. Quelle efficacité !

Pareil à la galerie Lafayette. Les patrons avaient dans leur poche plein de gros billets d’euro. Les clients sont les dieux, surtout des clients qui ne manquent pas d’argent. Mes dieux, comme d’habitude, ignoraient le regard et la salutation des vendeurs et vendeuses, allaient directement toucher les marchandises et, si intéressés, sortaient un « How much ? ». La galerie Lafayette était remplie de monde, devenue une foire des touristes étrangers, dont une grande quantité de touristes chinois. Dans le flot humain mes dieux ne se faisaient pas remarquer, alors qu’au magasin Printemps qui était bien plus calme, il y avait des vendeurs et vendeuses libres qui avaient le temps d’ « admirer » mes patrons. Je n’ai pas senti la gloire d’être à côté des compatriotes de richesse, mais bien au contraire. J’ai même décidé de ne plus refaire ce genre de petit boulot. Cette expérience est gardée dans ma tête comme un exemple très négatif concernant un genre de compatriotes.

Chaque année j’évoque la question de politesse avec des étudiants. Je leur demande s’ils trouvent les Chinois polis et quelle est la différence culturelle de la politesse entre les Chinois et les Français. Parmi eux, certains disent que les Chinois sont plus polis que les Français, d’autres disent le contraire. Il y a différentes angles de voir les choses. Il y a un point approuvé par eux tous et moi : les Chinois peuvent être très polis et aussi ne pas l’être ; une même personne peut être très polie et ne pas l’être. On est peut-être poli envers les gens qu’on connaît, mais malpoli envers des gens qu’on ne connaît pas ou bien des gens « sans importance ». Je pense que les Chinois ont un aspect pragmatique, y compris pour la politesse. Ainsi, la politesse devient un outil et un accessoire de théâtre, à utiliser quand on a « besoin ». Devant des inconnus et des gens « sans importance », on n’a pas « besoin » de l’utiliser.

Pour conclure tout ce que je viens de dire : à l’étranger, si vous espérez vous comporter poliment, commencez par faire attention à l’autre. C’est un point simple et pas simple ; l’important est d’avoir cette conscience. Ce n’est pas simple car cela touche la question de valeur : à chaque être humain, qu’il ait ou non le pouvoir ou la richesse, il faut attribuer la valeur et le respect.

Par extension, nous pouvons aussi nous demander qui est plus « chaleureux », les Chinois ou les Français : certains disent les premiers, d’autres disent les derniers. A mon avis c’est « chacun sa raison » (公说公有理,婆说婆有理 Papy dit que c’est lui qui a raison, mamy dit que c’est elle qui a raison) et ce n’est qu’une différence de vision. On a dit plus haut qu’en Chine les inconnus ont la tendance de s’ignorer. Si on n’est pas habitué à ça, on peut dire que c’est une grande indifférence entre les gens (quand on est habitué, ce n’est plus gênant peut-être). En Occident, il y a en général un minimum d’attention et de salutation entre les gens. De ce point de vue, on dirait que les Chinois sont « froids » et que les Occidentaux sont « chaleureux ».

Alors que les Chinois ont leur façon d’être « chaleureux » et qu’en Occident il y a une certaine indifférence issue de l’individualisme. Mais bon, l’individualisme est la tendance universelle, il semble. Comparons les Chinois d’aujourd’hui et il y a des décennies, ou les Chinois de ville et ceux de campagne, on remarquerait que les Chinois de nos jours sont bien individualistes.

En France, les inconnus peuvent facilement se dire « bonjour », mais ça ne signifie pas qu’il y a facilement une communication entre deux personnes. Après avoir dit « bonjour » ou, si on se connaît, après avoir dit « bonjour » et « ça va ? », que fait-on ? Et puis on peut parler du temps. Ensuite viennent des obstacles, car si on continue on risque de toucher des sujets personnels de chacun. Entre les Chinois, soit ils ne se parlent pas, soit ils se mettent à parler et, après quelques minutes de conversation, ils savent où l’autre travaille, quel est son métier, s’il est marié, s’il a des enfants, dans quel genre d’appartement il habite, etc. Notamment dans des « petits endroits 小地方» (c’est-à-dire, des petites villes ou la campagne), les premières questions peuvent être : Tu gagnes combien par mois ? Tu es marié j’espère ? Comment ça se fait que tu n’es toujours pas marié ? Il faut penser à faire un enfant hein ? Lors de mon chaque retour, presque tous les jours on me demande mon salaire. Puisque je vis à l’étranger, on s’intéresse beaucoup à mon salaire. Mais le mien est vraiment sobre – j’ai beau être à l’étranger - et je perdrais la face si je le dis, donc chaque fois j’essaie de tergiverser pour ne pas l’avouer.

En France, bien-sûr il ne faut pas poser ce genre de questions, même entre les membres de famille. Maintenant je n’ose même plus demander « où habitent vos parents / où est votre famille », car plusieurs fois la personne en face, après une hésitation, était obligée de me confier que ses parents avaient divorcé (il semble que le taux de divorce atteint 50%, au moins à Paris ?), l’un habite à l’est et l’autre à l’ouest. Je n’étais pas assez proche pour qu’elle me raconte ça, une « simple » question sur son origine lui avait imposé cette explication. En Chine, « Où est ton pays natal / tu viens d’où » est souvent l’ouverture de la conversation. Dans les trains, quand on veut papoter avec les voisins on demande souvent « Tu vas où » ou « Tu es d’où ». Si vous faites pareil en France vous allez surprendre les gens et on se demanderait ce que vous voulez. En France, les wagons de train sont bien calmes (si on connaît l’ambiance des wagons en Chine, on voit la différence. Mais bon, avec les nouvelles générations qui ne quittent plus leur petit écran des yeux, ça change un peu. ) et peu de gens abordent des inconnus.

Ne pas aborder des questions « privées », le mauvais côté est que vous pouvez sentir un blocage de communication et une distance entre les gens ; le bon côté est que vous n’êtes pas interrogés sur le salaire, que les proches ne peuvent pas vous harceler pour demander quand vous allez vous trouver un petit-ami, quand vous allez vous marier et quand vous allez avoir un enfant. C’est pourquoi on dit que tout a un bon côté et un mauvais côté, que rien n’est parfait.

Comme pour tout autre sujet interculturel, la meilleure conclusion de la comparaison sur « chaleureux / indifférent » doit être : c’est différent ! Être chaleureux dans quelles circonstances ? Comment être chaleureux ? Tout ça est différent.

mercredi 28 janvier 2015

mardi 27 janvier 2015

Création d'un e-magazine


Voir l'explication du projet ci-dessous 
[ou bien directement ici:

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Readers’ tea-time

Rassembler des petites œuvres écrites et créer un espace – gratuit, ouvert, instructif - de lecture, de partage et de repos spirituel

Types d’œuvres (en français ; écrites ou traduites): 
- Toutes sortes de courtes œuvres littéraires : nouvelles, poésie, textes de théâtre….
- Récits : de souvenirs, de voyage, ….
- Idées : vie, philosophie, société, écologie, économie, histoire, nature….
- Dessins humoristiques ou philosophiques
Le magazine se veut diversifié, instructif et reposant! 

Pourquoi vous contribuez ?
- Partager et échanger des petites créations littéraires, idées, émotions, …. avec des auteurs et lecteurs, nous espérons, de plus en plus nombreux.
- La publication d’une sélection d’œuvres de qualité est envisageable plus tard.

Pourquoi je le fais ?
- Créer, avec vos contributions et votre participation, un espace de partage réunissant des personnes pour qui savourer de beaux textes et de belles idées est un agréable passe-temps pour les moments de repos: avant de s'endormir, un dimanche après-midi, au bord de l'eau, ...

Comment ça marche ?

- Vous m’envoyez votre texte (à : yushanren77@gmail.com); je le publie si je le juge correspondre au concept de notre e-magazine.
- La publication est effectuée au fur et à mesure des réceptions des textes, donc en continu tant que les contributions le permettent.
- Vous recevez un mél qui vous avertit la publication de votre texte.
- Nous privilégions des publications courtes, dont le nombre de mots ne dépasse pas 1200 mots (pour des textes plus longs de qualité, possible de le couper en deux ou trois volumes).
- Vous mettez 1-3 mots-clés : nos lecteurs ne liront peut-être pas tout le site et pourront choisir selon son centre d'intérêt et son humour.
- Vous joignez votre nom et prénom (ou un nom de plume, comme vous voulez), votre adresse mél et votre site web si vous en avez et si vous voulez le partager.
- S’il s’agit d’une traduction, soyez sûr que vous avez le droit et précisez la référence source.


Votre texte peut se présenter ainsi :

Titre

Nom et prénom
(Nom à afficher : si différent de votre vrai nom)
Mots-clés

TEXTE

Mél (visible pour le public : oui / non)
Siteweb (visite pour le public : oui/non)

lundi 26 janvier 2015

Un poème: 夜行黄沙道中 du poète XIN Qiji

夜行黄沙道中 (le titre)
辛弃疾 (le poète; 1140-1207)

明月别枝惊鹊,
清风半夜鸣蝉.
稻花香里说丰年,
听取蛙声一片.

七八个星天外,
两三点雨山前.
旧时茅店社林边.
路转溪桥忽见.


Genre de poème : 西江月Xijiangyue 

1/ Traduction mot-à-mot
Titre : 夜行黄沙道中
Nuit – marcher ; faire la route – jaune – sable – route

Poète : 辛弃疾XIN Qiji

明月别枝惊鹊,
Clair – lune – quitter ; partir de – branche – surprendre – pie
清风半夜鸣蝉.
limpide – vent – demi – nuit – crier ; chanter – cigale
稻花香里说丰年,
Rizière – fleur – parfum – dans – parler (de) – plein ; abondant – an
听取蛙声一片.
Écouter – prendre – grenouille – bruit ; son – un – (classificateur) vaste étendue

七八个星天外,
Sept – huit – (classificateur) pian – étoile – ciel – dehors
两三点雨山前.
Deux – trois – (classificateur) point – pluie – montagne – devant
旧时茅店社林边.
Ancien – temps – paille – boutique ; auberge – association ; hôtel – bois – côté
路转溪桥忽见.
Chemin – tourner – rivière – pont – soudain – voir.

2/ Traduction en phrases

Voyage nocturne sur une route de sable jaune

La lune claire se lève des branches, surprenant les pies,
Le vent doux soufflant à minuit, les cigales chantent.
Dans le parfum des franges des rizières, les villageois parlent de la récolte à venir,
accompagnés par la chorale des grenouilles.

Dans le ciel, sept ou huit étoiles,
Devant les montagnes, deux ou trois gouttes de pluie.
Mon auberge se trouvait près d’un bois, si je me souviens,
Après le pont sur le ruisseau, je l’aperçois soudainement.

3/ Petite note
Comme l’ensemble de la poésie chinoise, ce poème dégage une grande simplicité. Le poète-je qui chercherait, un soir, une auberge rustique admire et peint (un poème classique chinois est très souvent un tableau : le lecteur a l’impression de voir la scène en lisant les vers) les paysages et la gaieté campagnards avant de trouver son abri.

Interprétation de Liu (membre du forum Lechinatown):
Voyage nocturne sur un chemin de sable jaune

La lune claire n’effraie pas la pie sur sa branche
La cigale chante distinctement dans la brise de la nuit,
Le parfum des fleurs de riz présage d’une bonne récolte,
Je perçois le bruit des grenouilles qui se jettent à l’eau,

Les étoiles parsèment le ciel,
La pluie effleure la montagne,
La vieille auberge du roseau à l’orée du bois,
J’aperçois soudain le ruisseau qui serpente sous le pont.


Interprétation de Gangounet (membre du forum Lechinatown):

Dans la première partie le vers à souligner est le troisième : la joie de voir de bonnes récoltes se présager. C’est pourquoi le poète anime la nuit, normalement calme et silencieuse. Et je comprends le troisième vers comme la personnification des grenouilles.
Le clair de lune quitte les branches, faisant voler les pies;
La légère brise de minuit porte le chant des cigales.
Au milieu de cette bonne odeur de riz, elles parlent des bonnes récoltes à venir,
Ces grenouilles qui croassent en choeur.

Dans la seconde partie, on voit que le voyage est bientôt terminé (enfin, en tous cas la nuit touche à sa fin. On voit ça avec le cinquième vers : il ne reste que quelques étoiles) et une averse s’annonce. Le poète cherche apparemment un abri qu’il connaissait et finalement le trouve au détour de la rivière.
Quelques étoiles brillent encore au ciel,*
Tandis que des gouttes mouillent le pied de la montagne.
Où est donc cet abri que je croyais près de ce bois ?
Ah, je le vois au détour de la rivière.
 * : finalement, je ne pense plus que les étoiles annoncent le lever du jour, c’est tout simplement parce qu’il va bientôt pleuvoir que le ciel s’assombrit. 



"Une Chinoise en France" : avant-propos

SHU Changying 舒长瑛 

"Une Chinoise en France" - Vision comparative des cultures sino-française (et sino-occidentale)

A publier en épisodes; traduits au fur et à mesure de ce que j'ai écrit en chinois

Et, si ça peut vous aider à mieux saisir ma position, je m'imagine m'adresser à mes compatriotes.... ;-)

Il est défendu d'utiliser le contenu sans mon accord ou sans préciser la source.
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Avant-propos


Deux points à souligner pour commencer :


Premièrement, l’auteur-je est une Chinoise qui vit en France depuis de nombreuses années, donc le texte prend principalement la France comme référence, mais une partie de contenu concerne plus généralement la communication sino-occidentale. Etant donné l’identité et la position que l’auteur-je se définit, imaginez aussi que les Chinois sont parmi « nous » et Français ou Occidentaux comme « eux ».

Deuxièmement, si on fait entièrement confiance à un livre, cela vaudrait mieux de ne pas avoir le livre » (尽信书则不如无书), dit-on. Un livre, qu’il soit un manuel ou autre, ne doit pas être considéré comme la vérité absolue et sacrée. La naissance d’un livre est le résultat du vécu et du point de vue plus ou moins personnel de l’auteur, il ne peut pas être « absolument juste » et ne peut s’appliquer à tout.

Les lecteurs qui sont familiers avec le contenu de ce livre peuvent le lire en se munissant de leur propre avis ; ceux qui ne sont pas familiers doivent aussi y apporter leur propre réflexion et analyse. S’il y a des questionnements et différents points de vue, il y a des débats qui rendent plus mûres et plus objectives les idées, ainsi verrait-on cent fleurs s’épanouissant en même temps (百花齐放)

L’Orient et l’Occident sont vus comme deux points culturellement opposés et cette vision n’est pas sans raison. Il y a toujours une différence entre deux cultures, mais entre les cultures orientales et occidentales la distance est plus large. C’est pourquoi les Chinois souvent pensent que le décalage culturel entre les pays occidentaux est si infime qu’il n’est pas nécessaire de l’évoquer. Quand ils entendent les Européens comparer la France et l’Allemagne ou bien la France et la Belgique, ils peuvent trouver que ces gens cherchent des problèmes et inventent une soi-disant différence culturelle, alors que la différence culturelle entre l’Orient et l’Occident peut vraiment s’appeler « différence ». Autrement dit, les Chinois mettent le monde « occidental » dans le même panier.

Tout est relatif. Grand ou petit, avoir ou ne pas avoir, c’est relatif.

Un Chinois arrivant en Europe, ou bien un Européen arrivant en Chine, si on dit qu’il tombe sur un autre monde ce n’est pas une exagération. Ce qu’on voit, ce qu’on mange, ce qu’on pense, tout paraît très différent. Et ces différences, on ne peut pas les ressentir tout de suite sans avoir vécu une période dans cet autre monde. Les choses à voir, à entendre et à manger, nous savons assez vite que c’est différent, mais la différence au niveau mental n’est pas perçue par chaque personne.

Savoir qu’il y a des différences, c’est la première étape. C’est-à-dire qu’il faut d’abord avoir la conscience, c’est un premier grand pas. L’étape suivante est d’être curieux, d’être intéressé, d’observer où se trouvent les différences. Et ensuite, réfléchir sur des « pourquoi ». Quand on commence à demander pourquoi et en plus explorer les « pourquoi », on  arrive à une étape fort intéressante.

J’ai choisi le français comme ma discipline universitaire il y a à peu près vingt ans, dès lors, je suis mise sur le chemin de comparaison culturelle sino-occidentale. Quand je travaillais en Chine, même si j’étais dans l’enseignement du français et étais forcément en contact avec la langue et la culture françaises, mais sans être dans le contexte authentique je ne pouvais pas avoir des connaissances vraiment approfondies. J’ai eu la chance d’avoir fait un séjour de deux mois en France, mais avec un regard « touristique » on reste encore au superficiel. Dans le groupe, certains ont eu une bonne entente avec la famille d’accueil, d’autres se sont plaints d’avoir une famille « radine » ou « pas gentille ». Après deux mois, chacun est parti de la France avec son propre vécu qui risque de devenir sa définition du pays. Le vécu et le point de vue personnel sont parfois interprétés avec un ton incontestable comme une théorie autoritaire. N’est-ce pas dangereux ? Voilà pourquoi au début de l’avant-propos je rappelle aux lecteurs que « si on fait entièrement confiance à un livre, cela vaudrait mieux de ne pas avoir le livre » (尽信书则不如无书).

Seulement si on vit DANS une culturel et s’y baigne quotidiennement et sans distance, on peut avoir ses propres visions profondes, réelles et à diverses facettes. Depuis que je vis en France depuis dix ans, j’ai commencé petit à petit à vraiment connaître la France, ou bien à connaître la vraie France. Je n’ai jamais appartenu à une « communauté », par exemple une communauté d’étudiants chinois (aller ensemble aux cours, faire des courses et manger ensemble, suivre des feuilletons ensemble pendant le week-end, voyager ensemble pendant les vacances, passer les fêtes ensemble), ou d’autres communautés patriotiques ou religieuses. J’aurais un côté solitaire et n’aime pas me faire restreindre la pensée. Je peux donc laisser mon esprit vagabonder librement, sans me faire formater  par un sens de clan.

Une vie interculturelle rend l’esprit plus riche et plus large, forme un système de références pluriel. Nous pouvons dire que c’est un plaisir. Mais l’interculturel génère aussi de la souffrance. Cette souffrance varie d’une personne à une autre puisque chacun a ses expériences singulières à lui. Je ne parle pas ici de la souffrance matérielle liée aux conditions de vie, je parle d’une souffrance intellectuelle et mentale. Vous vivez dans un pays étranger où entre vous et les autres il y a une différence culturelle ; vous rentrez dans votre pays, votre ville natale, vous ressentez aussi une différence avec les autres. Vous vous trouvez dans un entre-deux, vous n’êtes ni l’un ni l’autre. Vous faites partie d’un petit clan particulier et il n’y a que ce clan particulier qui vous comprend vraiment. Votre identité rend votre esprit compliqué qui n’est plus comme avant. Donc parfois vous êtes fatigué. 

Je dis qu’il y a une souffrance d’esprit aussi parce que désormais vous êtes toujours en train de comparer, consciemment ou inconsciemment. Pourquoi ils sont comme ça alors que nous sommes comme ça ? Parfois vous trouvez vite votre réponse, parfois vous restez confus. Parfois vous savez que la mentalité que vous serrez dans les bras ne vous convainc pas vraiment mais c’est plus fort que vous. Des fois vous êtes paradoxal vis-à-vis de vous-même et ne savez pas comment faire un choix. Vous débattez avec vous-même et avec d’autres. Vos interlocuteurs portent diverses positions et visions. Avoir des dialogues où l’objectivité et la sagesse brillent est fort plaisant, à ce moment vous vous ouvrez. Mais à d’autres moments vous heurtez des points de vue étroits ou antipathiques, ce qui fait que vous repliez.

Je pense avoir une certaine sensibilité pour la communication interculturelle. Comme ce que j’ai dit en haut, premièrement avoir la conscience de la différence, deuxièmement chercher les « pourquoi ». Pendant les années où j’ai enseigné le chinois à l’université, j’aimais bien discuter sur les plaisirs et les difficultés de la communication interculturelle avec les étudiants, notamment ceux en Master. Ils apprenaient le chinois depuis trois ou quatre ans, la plupart avaient étudié et vécu en Chine. Nos discussions étaient donc dans les deux sens : une Chinoise en France et des Français connaissant plus ou moins la Chine. Aujourd’hui, ma vie personnelle est biculturelle, où immergés chaque repas, chaque comportement et chaque conversation.

Je pense, à travers l’écriture, clarifier et organiser mon ressenti, ma réflexion et mon vécu de cette dizaine d’années, d’une part, comme une accrétion sédimentaire des idées, d’autre part pour partager et échanger avec d’autres personnes du « club ». De plus, l’écriture est un processus de maturation d’esprit et aussi un processus où on interroge et revoit sa propre pensée.

La communication interculturelle est stressante dans certaines circonstances, comme s’il faut « marcher sur une fine couche de glace » (如履薄冰). Pour se préparer on peut lire des livres ou même s’inscrire à une formation. Les entreprises paient parfois un expert pour former leurs employés en contact avec des étrangers, les aider à concevoir leur comportement et parole, les avertir des points importants à retenir. Les formés notent tous ces points pour plus tard les appliquer.

C’est bien de se préparer et l’utilité d’une formation dépend de la méthode du formateur et de la réception du formé. J’ai l’impression que beaucoup de formations traitent des éléments formels et superficiels. On vient suivre un cours parce qu’on pense ne pas être capable de gérer aisément des contacts interculturels, il ne suffit pas de leur jeter le contenu emballé dans des termes et des théories tout prêts et figés. Le sens d’augmenter sa compétence interculturelle consiste à dépasser et casser ces éléments prêts et figés, autrement dit, des « stéréotypes », « clichés », « préjugés » et « idées reçues ». On risque souvent de dire « les Chinois sont comme ça », « les Français sont comme là ». Comme dit l’expression « Les neuf fils du dragon se diffèrent l’un de l’autre » (龙生九子, 各有不同), même les enfants de la même famille ont chacun ses caractères, comment pouvons-nous définir toute une nation si facilement ? Si on vous demande « comment sont les Chinois », vous ne saurez pas répondre, alors pouvons-nous dire en quelques simples mots comment sont les Français ou les Américains ?

Je pense que la compétence interculturelle repose sur la formation d’une réflexion et d’une capacité de distinction indépendantes. Il ne faut pas se satisfaire des opinions reçus et non plus lancer nos opinions personnelles à d’autres. Nous avons à réduire la distance, casser les murs, raisonner par notre tête et ressentir par notre cœur, rechercher les points communs tout en respectant les points différents.

Ce que nous recherchons, c’est la compréhension, la compréhension dans les deux sens.

Cet avant-propos peut sentir théorique, mais le corps principal qui va suivre sera en grande partie énonciatif, laissant la parole aux expériences réelles et au ressenti. Je me baserai sur des éléments de la vie quotidienne, sans cibler spécifiquement le milieu politique ou le milieu de business. Connaître et comprendre la différence culturelle dans la vie dite ordinaire est le point de départ, sans lequel il est impossible de construire « un palais dans le ciel » (空中楼阁) en traitant directement un milieu spécialisé.


Je n’ai pas fait d’interviews avant d’écrire ce texte. Je n’ai pas comme objectif de rédiger un ouvrage scientifique en sociologie, mais de mettre par écrit du vécu et du senti. A la fin, je vais dire une phrase qui paraît très conventionnelle et rituelle, mais est tout à fait sincère : Mes connaissances et expériences ont des limites, mes opinions peuvent manquer de rigueur, des remarques et des débats sont les bienvenus. 


jeudi 6 novembre 2014

sur le racisme

Sur le racisme, ce qui évolue, ce n'est pas vraiment qu'il y a "de moins en moins de gens racistes", c'est que: le racisme est de plus en plus civilisé, et donc camouflé, de sorte que beaucoup de gens n'avouent pas, ou même ne savent pas qu'ils le sont. Et c'est bien plus embêtant.

Une fois, à la télé, il y avait une.... je ne sais pas comment dire, en chinois on dirait "公益广告" ("publicité pour le public et la société"), selon laquelle c'était raciste de dire des choses comme "Vous avez un petit accent", "vous venez d'où?" ou "Vous parlez bien français, vous n'avez même pas d'accent!". C'était hallucinant pour moi! ça passait à la télé, donc ça devait être l'idée des grandes têtes. Racisme fabriqué des grandes têtes --> racisme civilisé.


L'idée est que: ne pas être raciste, c'est de considérer tout le monde comme "pareil". Oui, c'est pas mal (si ça arrivait un jour, que les gens pensent tous comme ça....)

Mais c'est oui et non.
OUI, "pareil" pour la VALEUR: les êtres humains ont la valeur égale.
NON, on n'est pas tous pareil: on ne parle pas la même langue, on n'a peut-être pas la même physique, on n'a pas la même culture, et la différence culturelle engendre tout un système bien différent.

Il faut ignorer la différence pour ne pas être raciste? Et ben, quelle grande tête! C'est-à-dire que c'est honteux d'être différent?? Si je suis exactement comme vous (je parle comme vous, mange comme vous, ainsi de suite), je serais quelqu'un de bien? Quel racisme cette pensée représente-t-elle!

Seulement si on est conscient de l'existence de la Différence et que l'on sait que c'est tout à fait normal (c'est même intéressant, mais c'est une autre phase des choses), on ne traiterait plus les gens avec tant de préjugés et d'attitudes négatives.

Je trouve en effet qu'il y a de moins en moins de gens qui osent poser la question sur l'origine, et je trouve cela très ennuyeux. J'aime qu'on me le demande, pour que j'aie l'occasion de faire connaître mon origine et mon identité. Et puis, si la personne en face me pose ensuite des questions, on peut avoir une discussion intéressante. Alors qu'on ne demande rien, donc.... rien.

Ce n'est pas en interdisant les mots qu'on change la pensée du fond.

Vive la Différence et l'Autre!

vendredi 8 août 2014

Film "Qiuju, une femme chinoise"

“秋菊打官司“观后感Commentaire du film "Qiuju veut la justice" (traduit comme "Qiuju, une femme chinoise")


这个电影如果不看进去会觉得罗索冗长情节反复,会怪秋菊一味执拗,甚至会觉得她脑袋有问题。不过我觉得这个电影所要反映的是一个很大、很深的主题。
Ce film, si on n'entre pas dedans, on peut le trouver long et répétitif, on peut trouver Qiuju trop têtue, on peut même trouver qu'elle a un problème dans la tête. Mais je pense que le film veut refléter un thème très grand et très profond.

首先,主线是要公理和正义。秋菊从村里一直找到省人民法院,首先是“调停“,由领导出面从中讲和,而这些调停和讲和都没能给秋菊带来她所索取的公理和正义,何况是这是一普通村民和村长之间的较量。最后,只有去诉诸法律。首先,电影要说的是真正的公理和正义只有用法律来维护,要“法治“而不是“人治“。
Tout d'abord, le fil conducteur est la réclamation de la raison et de la justice. Qiuju commence par le village et finit par le Tribunal du Peuple de la région pour la justice. Au début, on essaye de arranger les choses par des "médiation" - les responsables jouent le rôle d'intermédiaire et essaient de réconcilier les deux côtés -, mais ces médiations n'ont pas apporté la raison et la justice que Qiuju exige, notamment qu'il s'agit d'une confrontation entre un "simple villageois" et le chef du village. A la fin, elle a été amenée à entrer en contact avec la "loi". 
Pour moi c'est le premier message que le film voudrait faire passer: les vraies vérité et justice ne peuvent se maintenir que par voie juridique; il faut une "gouvernance par loi" mais pas une "gouvernance par homme". 

电影要说的不止是要呼吁公理和正义,而远比这复杂矛盾。中国文化沉浸在儒家伦理中,儒家理想的境界却是“人治“,用人的道德仁慈和谐来维系社会;一旦诉诸法律,和儒家思想是冲突的,法律使人感觉太无情冰冷,而这一冲突就分明地体现在电影之中。秋菊只想要一份尊严,要村长说几句好话,然而村长可以掏钱也不能抹下面子承认自己做得不对(面子!别的可以抛面子不能抛!)村长是好人吗?他拿钱的时候把二十张钞票抛在地上,要秋菊低二十次头捡钱(她没有接受,因此要继续告状);村长是坏人吗?秋菊难产的夜晚,村长从被窝里爬起来去找人把她抬到医院去,终于生下了孩子。最后,秋菊家给孩子办满月酒,村长肯屈尊不计前嫌来喝酒,正在家里刮胡子换新衣服准备赴宴,然而秋菊要的“正义“终于到来:警察来车,把村长抓去拘留十五天。秋菊的内疚和绝望之情结束了这个电影。她要的是村长来说几句好话,这就是她要的尊重和公理,她万不想有人坐牢判刑。这就是儒家道理和法制道理之间的冲突。
Le film ne s'arrête pas là; il traite de quelque chose de bien plus complexe et paradoxal. La culture chinoise est immergée dans les raisons confucéennes pour lesquelles la "gouvernance par homme" est l'idéal: le réseau social se construit par la bonne foi, la sympathie et l'harmonie des gens; une fois on fait appel à la loi, ça entre en conflit avec l'esprit confucéen; la loi est trop "apathique" et trop "froide". Ce conflit est pleinement interprété dans le film. 
Qiuju veut "juste" du respect, veut que le chef du village reconnaisse son tort et s'excuse, alors que le chef peut donner de l'argent mais surtout pas reconnaître son tort en perdant la face (la face! on peut tout donner, mais pas la face!) 
Il est gentil? Quand il a donné l'argent, il a jeté les vingt billets par terre pour que Qiuju se baisse vingt fois devant lui en les ramassant (Qiuju n'a pas accepté de le faire, donc elle a continué sa recherche de justice). Il est méchant? la nuit où Qiuju doit accoucher et est en danger, il est sorti du lit et est allé chercher des gens pour porter Qiuju à l'hôpital. A la fin, la famille de Qiuju fête la fin du premier mois du bébé, il a accepté de venir malgré ce qui s'était passé. Il se prépare, se raser et se changer, pour venir au festin, alors que la "justice" que Qiuju cherchait est tombée: Les policiers sont arrivés et ont emmené le chef du village pour quinze jours de prison. Le visage de Qiuju, couvert de remords et de désespoir, marque la fin du film. Ce qu'elle voulait c'était quelques gentils mots de la part du chef; elle n'avait pas voulu d'arrestation et de condamnation. 
Voilà le conflit entre "le principe confucéen" et "le principe judiciaire".

村长死死不肯抛的面子这下是丢尽了,“坐牢“这一字眼对他本人、家人以及他人的震撼不用我赘言。所有人会怎么样看待和怪罪秋菊,包括她本人?!秋菊往后的日子可能会很难过,而村长所受的打击和伤痕,也许是任何都抚慰不了……一种由良心、和谐与情感编织而成的网被撕毁了。
La face, que le chef du village voulait se garder à tout prix, est pour cette fois complètement écroulée. Je n'ai pas besoin de signaler le fort ébranlement du thème "Entrer en prison" sur lui-même, sur sa famille et sur d'autres. Comment Qiuju serait vue et critiquée par tout le monde, y compris par elle-même?! Sa vie risquerait d'être assez difficile par la suite, le choc et la blessure du chef du village seront inconsolables....Un réseau tissé de conscience, d'harmonie et de sentiments humains est détruit.